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Quand j’étais petit, dans ma petite ville dans le bois au nord de Trois-Rivières, le voisin du Sud était policier. Il était un homme du peuple. Entre deux parties de fer à cheval autour de sa piscine le jeudi, il se pointait dans nos écoles dans son Chevrolet Caprice Classic bien carré du début des années 1990, fenêtre ouverte, avec sa mallette pleine d’échantillons de drogue pour remplir nos oreilles un peu ahuries des effets délétères du PCP.

Quand il est devenu plus prospère et bedonnant, il s’est acheté une souffleuse à neige pour venir à bout des immenses congères blanches que nous laissait, à La Tuque, dame nature entre décembre et mars. Une belle Toro à traction, rouge Ferrari. Le gros modèle, surmonté d’une cabine avec un petit pare-brise pour protéger le valeureux pilote qu’il était. Il faisait pétarader son moteur deux temps à la moindre bordée et soufflait la neige sur des distances impressionnantes.

Il s’appelait Arvisais. Il aimait observer les oiseaux sur la rivière Saint-Maurice avec son chien à larges babines qui expirait violemment par le nez. Son fils était animateur à la radio locale, CFLM 1240, « la super-station de la Haute-Mauricie ».

À l’époque, La Tuque avait sa propre force de police municipale. Comme Montréal a le SPVM, La Tuque avait la Police de La Tuque. Ça devait coûter une fortune à l’administration municipale de l’époque. Un bon jour, la Sûreté du Québec a absorbé tout ça. Les voitures blanches et bleues sont devenues vert olive, jaunes et blanches.

La Sûreté, ses étranges couleurs et son nom unique… une véritable institution pour notre peuple. Elle fait discrètement mais assurément partie de notre identité. La Sûreté est au Québec ce que la Royal Mounted Police est au Canada. Ce sont eux, habillés de leurs uniformes d’apparat, qui ont porté le cercueil de M. Parizeau lors de ses funérailles nationales. Ce sont eux qui reconduisent nos grands hommes à leur dernier repos. Ce sont eux qui prennent part aux événements protocolaires importants impliquant le Québec. Ils sont le bras armé de l’État, de notre État, cet État qui nous appartient, Québécois.

On parle toujours des forces de police d’une manière militante aujourd’hui, et cela m’exaspère. Tout ce qui nous intéresse au sujet de ces dernières consiste à savoir si elles abusent de leur pouvoir – et pour bien des progressistes, tant que les constables auront des pistolets à la ceinture, il s’agira d’un abus. « All cops are bastards! », « A good cop is a dead cop! » scandent en anglais les radicaux dans leurs manifestations contre la brutalité.

Aujourd’hui, c’est un petit hommage plutôt qu’une pluie de doléances que j’aimerais offrir à la Sûreté du Québec et à ceux qui y travaillent. Nous avons, il y a quelques temps, commencé à apercevoir sur nos routes nationales québécoises les véhicules de la SQ affublés de leur nouvelle livrée verte, blanche, noire avec une touche de jaune. Les policiers aussi ont changé la couleur de leurs uniformes, et troqué leurs pantalons pour de nouveaux qui rappellent le premier uniforme de la « Sûreté Provinciale » de jadis.

La Sûreté, notre police nationale, se distingue. Elle est unique. Elle est « nous », fait partie de notre trame sociale. Elle s’occupe des chevreuils le long des routes forestières, elle s’occupe d’enfants perdus, elle s’occupe de faire respecter l’ordre, même si cela déplaît lorsque l’on revendique une cause avec ardeur et qu’on opte pour la désobéissance civile. Elle est intimidante et calme nos ardeurs quand elle nous suit sur la route. Doit-on lui en vouloir? Ainsi doit être une force constabulaire qui se respecte : à la fois impressionnante et rassurante.

Aux agents de la Sûreté du Québec d’hier, petits, grands, chétifs, costauds, bedonnants moustachus des années 80, et à ceux d’aujourd’hui, jeunes, prompts à entrer en devoir et à servir le Québec intra muros : vous faites partie du peuple d’ici et de ce qui le distingue du reste du monde. Votre rôle n’est pas que terre à terre, il est aussi hautement symbolique. Il ne vous manque qu’un État souverain pour être, à la face du monde, ce qu’est la Police Nationale Française ou Scotland Yard.

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