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Le mouvement souverainiste est en déroute. Le mouvement souverainiste est en crise. Les souverainistes se chicanent. Les souverainistes sont dépassés, la jeunesse ne veut rien savoir de leur projet poussiéreux. Les Québécois ne sont plus intéressés par la question nationale. Le Bloc va mourir. Le PQ est un parti générationnel voué à disparaître en 2032. Les indépendantistes se meurent dans des CHSLD. Parler de souveraineté est un repoussoir pour les électeurs. Bla bla bla bla. Et ça reprend, et ça continue. En avez-vous assez? Moi oui. Le Québec aussi.

Pourtant, de nombreux élus souverainistes à Québec et à Ottawa semblent, depuis quelques semaines, s’être donnés le mot pour dégoûter un peu plus chaque jour les Québécois. En effet, hier, on apprenait sur le site du Journal de Montréal que les 7 députés démissionnaires du Bloc Québécois allaient former un nouveau parti politique destiné à défendre les intérêts du Québec au fédéral et, surtout, à parler moins d’indépendance.

Pendant ce temps, à Québec, pour stimuler la population québécoise, Jean-François Lisée se rue pour accepter ce merveilleux progrès pour la société d’ici que constitue la tenue d’un débat des chefs in english s’il-vous-plaît.

Croyez-moi, mes amis, ça n’est pas parce que le PQ est générationnel et parce que les gens se fichent de l’indépendance que nous nous vautrons dans la crise. C’est faute d’une orientation politique cohérente. À voir aller les uns et les autres, je dirai, à la manière de Mathieu Bock-Côté dans sa chronique sur la bilingualisation de la Province de/Province of Quebec, que les thèses de Christian Saint-Germain, mentionnant que les élus souverainistes sont les principaux responsables de l’échec du mouvement à donner ses fruits, sont exactes. Les libéraux n’ont rien à faire mis à part rire puissamment dans leur barbe de voir aller leurs opposants historiques.

Le cas du Bloc

La situation ayant actuellement cours au Bloc Québécois est extraordinaire. Je ne suis proche ni de l’une, ni de l’autre des factions qui s’affrontent. J’ai toujours aimé la franchise de Ouellet et ses idées claires quant au fait qu’il était grotesque, du point de vue de l’image et de la stratégie politique, qu’un parti indépendantiste semble fuir comme la peste sa raison d’être, réaliser l’indépendance. À mon sens, rien ne fait plus mal à l’opinion que se font les Québécois du projet d’indépendance que cette attitude de veau apeuré de ceux qui prétendent avoir pour vocation de porter le projet.

D’autre part, il est normal et sain qu’existent des dissensions au sein d’un parti politique. Il faut impérativement qu’il y ait place à la discussion et au débat à l’interne. Toutefois, au Bloc Québécois, ces débats suintent dans l’espace public comme un restant de ragoût de patte coule d’un sac poubelle percé après le jour de l’an.

Débattre à grands coups de conférences de presse, de menaces publiques de quitter le parti me semble un comportement autodestructeur. Pour étayer mes propos, voici une petite récapitulation.

Décembre 2017 : Un sondage (voir le dernier paragraphe de l’article cité pour le samedi 3 mars) donne, au Québec, 21% d’appui au Bloc Québécois de Martine Ouellet. Il s’agit d’un faible gain, mais tout de même d’un gain par rapport au résultat électoral de 2015.

Dimanche 25 février 2018 : Début de la crise. Le leader parlementaire du Bloc Québécois démissionne.

Samedi 3 mars 2018 : Un sondage, réalisé entre le 28 février et le 1er mars 2018 – en pleine crise – , montre le Bloc Québécois à 13%.

Martine Ouellet nuisait-elle à la popularité du parti au Québec? Elle faisait, dans les faits, légèrement mieux que Gilles Duceppe en terme d’intentions de vote. Depuis la crise, lancée par des députés qui trouvent que Ouellet nuit à la cause du parti en parlant trop d’indépendance, c’est la débâcle.

Maintenant, l’effondrement est-il temporaire? L’avenir le dira. Est-il dû au fait que la population n’a pas confiance en Martine Ouellet, comme le prétendent les démissionnaires? Tout démontre que leur prémisse est fausse. Leur départ et la crise qui l’entoure donne par contre toute une taloche à ce parti qui avait, tant bien que mal, stoppé son hémorragie populaire.

On peut maintenant prétendre que le Bloc a tout perdu parce que sa députation noyau est partie, et que personne ne suit désormais Martine Ouellet. La situation a tout, par contre, d’une prophétie auto-réalisée. Maintenant qu’on a troué la coque du navire, on se justifie de l’avoir abandonné en disant « Regardez, ça coule, on l’avait dit que ça allait mal! Martine Ouellet parle trop d’indépendance sans arrêt, voilà le résultat. »

Analyse bien boiteuse, si vous voulez mon avis. Apparamment, au Bloc Québécois, on n’est pas encore « tannés de mourir », pour reprendre l’expression de Péloquin.

Le cas du PQ

Il n’y a pas grand chose à dire, mis à part que le Parti Québécois semble n’avoir jamais été aussi confus. À l’approche des élections, on prend une position favorisant la bilingualisation du Québec. Voyons voir quelle est la stratégie proposée par le PQ.

1) Engager une agence de marketing à succès pour avoir de belles publicités accrocheuses. Bien. Mais sur quelle fondation appuyer ces publicités?

2) Mettre un nouvel obstacle à la réalisation de l’indépendance. Non seulement on s’accroche à la questionnable stratégie référendaire, qui rend improbable la victoire, mais en plus on demande à la population de donner deux victoires électorales de suite au parti pour mettre en branle la questionnable stratégie en question. Difficile de se mettre davantage de bâtons dans les roues.

3) S’abandonner à la pseudo supériorité morale canadian, l’accepter comme allant de soi. Être inclusifs en faisant pénétrer l’anglais plus avant au Québec en constitue la plus récente manifestation.

Convaincus, vous, le bassin de 33% à 41% qui, bon an mal an, êtes en faveur de l’indépendance du Québec? Avec un PQ qui stagne autour des 20%, il faut peu d’imagination pour s’apercevoir que plus de la moitié des souverainistes concluent à l’impuissance actuelle du Parti Québécois.

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