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Chroniques

La proportionnelle : une nuisance pour le Québec

Propriété de Radio-Canada Une image vaut mille maux. Radio-Canada Nouvelles titrait, hier : Les partis d’opposition à Québec veulent une réforme du mode de scrutin. La photo utilisée en entête de l’article et reprise pour ce billet de blogue est incroyablement parlante. Le triumvirat des chef d’opposition pose pour les journalistes, à l’occasion de leur réclamation commune d’un mode de scrutin proportionnel mixte, mené par Don Quichotte Nadeau-Dubois qui tient fermement la tribune et qui s’exprime au nom du groupe. Il n’en faut pas plus, il me semble, pour se méfier grandement de la demande formulée par ce trio et des intérêts qu’elle sert…

Le problème de la représentation

La représentation démocratique est l’objet de très nombreux ouvrages savants en science politique. Leur lecture nous enseigne une leçon d’une extrême importance : la représentation parfaite des intérêts d’un ensemble citoyen est impossible. Lisez bien : IMPOSSIBLE. Il faut choisir son camp et faire des compromis lorsqu’on cherche à l’améliorer. Posons la question : qui doit être représenté au gouvernement?

  • Les intérêts des individus?
  • Les intérêts des régions?
  • Les intérêts nationaux?
  • Les intérêts de la métropole?
  • Les intérêts de la majorité ethno-culturelle?
  • Les intérêts des minorités ethno-culturelles?
  • Les intérêts des différentes groupes de pression (lobbys)?
  • Toutes ces réponses?

L’esprit vertueux répondra que tous ces intérêts devraient être représentés. L’esprit réaliste dira que ces intérêts sont parfois, et plus souvent qu’on le croirait, contradictoires. Un exemple simple puisé dans l’histoire récente : le dossier de la fermeture de Gentilly-2.

S’il était clairement dans l’intérêt des groupes écologistes et de la nation de mettre la clé dans la porte du coûteux, vétuste et énergétiquement non-nécessaire réacteur CANDU de Bécancour, il était tout aussi dans l’intérêt économique de la région des Bois-Francs et dans les intérêts particuliers des individus dont l’emploi était relié à la centrale nucléaire de la maintenir ouverte.

Une élection eut lieue. Jean-Martin Aussant, député sortant, s’est présenté pour un nouveau mandat comme candidat dans la région concernée par ce dossier. Il avait pris l’intérêt national et environnemental en considération et s’était prononcé en faveur de la fermeture de Gentilly-2. Il a perdu ses élections.

D’autres questions se posent par rapport à la représentation politique. Un candidat noir est-il nécessaire pour bien représenter un quartier noir? Arabe pour un quartier arabe? Transgenre pour le Village? Bobo pour le plateau? Faut-il un latuquois pour représenter La Tuque à Québec? Vaut-il mieux un candidat vedette et ministrable venant d’ailleurs pour représenter une région éloignée ou un candidat local moyen? Est-ce qu’un individu natif de Saint-Félix-d’Otis peut représenter correctement les intérêts de Blainville?

Autant de questions auxquelles fournir une réponse définitive semble très difficile.

Simplifier une question complexe

La question de la représentation politique par le biais d’un mode de scrutin proportionnel suppose qu’on accepte les prémisses suivantes.

  1. La représentation des intérêts individuels prime sur toutes les autres
  2. Les différentes circonscriptions électorales devraient avoir un poids, au gouvernement, égal à leur poids démographique dans l’ensemble national

Il suppose qu’on accepte aussi ces autres prémisses.

  1. Les intérêts nationaux ne sont que la somme des intérêts individuels. Le tout n’est pas plus grand que la somme des parties. La nation n’est que l’addition des individus, sans plus.
  2. 50,2% de la population du Québec habite dans la Région Métropolitaine de Recensement de Montréal. Cette région représente 4600 km2 de superficie géographique. L’ensemble québécois est de 1 500 000 km2.La Région Métropolitaine de Recensement de Montréal représente 0.3% de la superficie géographique de la province. Avec une représentation totalement proportionnelle, 0.3% du territoire Québécois récolterait 50,2% de la représentation à Québec. Montréal, un tout petit bout de territoire, devrait gober la moitié de la représentation. Les régions? Arrangez-vous avec le reste. [Données tirées du site de Statistiques Canada]

Or, un des problèmes actuels de la nation québécoise consiste en ce fait très simple : nous perdons notre spécificité culturelle parce que l’esprit de Montréal, notre « global city » mondialisée anglolâtre, se répand médiatiquement au Québec et dans toutes les régions. Les régions ne rayonnent pas en métropole. La métropole se propage dans les régions. Les politiciens formatent leur langage et leurs discours pour bien passer dans les médias montréalais. Les Québécois se sentent mal représentés, oui.

Mais pas parce que le mode de scrutin brime leur petite expression personnelle. Parce que la classe politique médiatiquement visible est complètement déconnectée de 49,8% de la population qui n’a rien à cirer de Valérie Plante, des pistes cyclables et de la nécessité de parler bilingual pour avoir de la valeur aux yeux du monde. Eux sont Québécois, ils savent encore ce qu’est « être Québécois » et sentent que leurs représentants politiques sont d’insignifiants libéraux mondialisés. Ils sont écoeurés de se faire parler de leur racisme intrinsèque et de leur supposée fermeture au monde. Ils n’ont aucune envie qu’on enlève leur crucifix de l’Assemblée Nationale pour satisfaire les bobos de Québec Solidaire.

Mais ça n’est pas ce qu’on essaie chaque jour de nous faire croire en martelant le message que notre mode de scrutin a un pressant besoin d’inclure une composante proportionnelle pour devenir meilleur. Ce qu’on tente de nous faire gober, c’est que le système actuel est déficient, injuste et ne nous représente pas, ou mal. Qu’il serait urgent de le changer pour enfin donner plus de poids aux égos surdimensionnés des urbains hypermodernes qui tolèrent mal que leur député ne soit pas leur sosie.

Voilà une vision typiquement libérale-libertaire de la représentation politique. Il faut des policiers en niqab pour intervenir chez les musulmans. 1 député sikh parce que les sikhs représentent 1% de la population et que ne pas représenter les sikhs est une faute de goût impardonnable en plus de révéler un racisme systémique démoniaque. La représentation sera parfaite, pour cette idéologie, lorsque tous les micro groupes s’accapareront le pouvoir et que l’intérêt national sera noyé par des individus atomisés.

La composante proportionnelle servira Montréal, le libéralisme mondialisé, QS et diluera la nation dans une mer d’intérêts particuliers

Ça n’est pas pour rien que le triumvirat d’opposition a choisi GND pour empoigner la tribune. Le choix allait de soi, car c’est l’idéologie véhiculée par son parti qui sera servie par l’introduction d’une composante proportionnelle. Une voix plus forte pour la zone bixi et son gros égo, une voix moins forte pour les zoufs régionaux pas assez éduqués pour comprendre que le Bien est du côté de Manon Massé.

La seule chose difficile à comprendre : que fichaient-là Lisée et Legault, qui prétendent tous deux défendre le Québec et ses spécificités? Serait-ce qu’ils ne comprennent rien à ce qu’ils font? Dieu me garde d’entretenir de si mesquines pensées…

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1 Comment

  1. D’accord avec votre réflexion sur la proportionnelle…

    Or, la véritable façon pour un-e député-e de représenter ses électrices et électeurs, ce serait d’abolir les partis politiques, inventés par des autocrates qui ont leur opinion en si haute estime que celles et ceux qui ne la partagent pas sont des pestiférés.

    La notion de parti et de ligne de parti a transformé la démocratie en « démocrature » dès qu’un parti est élu avec un nombre majoritaire d’élu-es obligé-es de voter du bon bord, peu importe l’opinion de leur électorat.

    De plus, aucun-e n’est tenu de rendre des comptes aux gens de son comté entre les élections, ni n’est obligé de consulter sa population ni, le cas échéant, de lui expliquer sa prise de position sur une question qui concerne l’ensemble du Québec, parfois au détriment de sa région. Votre exemple de Jean-Martin Aussant en est la preuve irréfutable.

    Oh! Je sais très bien que ce serait une véritable révolution des mentalités… Or, être membre du caucus d’un parti majoritaire à l’Assemblée Nationale condamne à « voter sur commande » i. e. « se transformer en robot », sans possibilité de remettre en question certaines décisions de son gouvernement et de son Conseil des ministres, auquel cas ils n’ont pour seul recours que la démission, comme l’ont fait à l’époque Pierre Curzi, Louise Beaudoin, Lisette Lapointe et Jean-Martin Aussant.

    Voilà un des motifs qui en freinent plusieurs à faire le saut en politique partisane.

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