enter image description here La magnifique région de Charlevoix est actuellement le théâtre d’un important sommet réunissant les dirigeants et les plus importants acteurs politiques des pays du G7. Justin Trudeau prépare l’événement avec son équipe depuis plus d’un an. Les thèmes du sommet sont fidèles à l’image ayant assuré le succès du maître des selfies depuis les élections canadiennes de 2015. Croissance économique « qui profite à tout le monde », préparation aux « emplois de l’avenir », promotion de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes, favorisation du travail à l’égard des changements climatiques, construction d’un monde pacifique et sûr ; qui oserait s’opposer à tant de grandeur d’âme?

Or, sans surprise, Donald Trump grogne. Il n’en fallait pas davantage pour que commentateurs, chroniqueurs, spécialistes et éditorialistes du Québec s’agitent et pontifient. Il s’agirait maintenant, pour Trudeau, non plus de s’assurer que le sommet permette une médiation efficace entre différents pays aux intérêts politiques naturellement disparates, mais de se transformer en héros au service de la grande cause et de sauver le G7 de l’éclatement dont le menace un président américain n’aimant pas marcher au pas qu’on lui demande d’adopter.

Car c’est bien l’équivalent politique d’un pas de régiment militaire qu’imposent les thèmes du sommet de La Malbaie décrétés par le premier ministre canadien et son entourage. Au pas du libéralisme tu marcheras, sinon l’ordre du monde tu briseras et la marche du progrès tu altéreras! Ce que nous révèlent les cinq thèmes du sommet, c’est donc qu’au-delà du traditionnel clivage entre la gauche et la droite, la division politique la plus prégnante de notre temps est celle qui opposent les apôtres fortement dominants du libéral-progressisme et ceux qui, habilement ou non, tentent de défendre l’idée de l’importance de la nation, de l’enracinement et des limites.

De toute part, on met les citoyens en garde contre les dangers qui guettent ceux qui écouteraient avec trop d’intérêt « les populistes ». Ces déplorables individus seraient une menace pour la démocratie, pour le sacrosaint « vivre ensemble », pour la raison. Ils seraient même, pour certains, ni plus ni moins qu’une porte ouverte sur l’enfer fasciste. Que proposent ces incarnations démoniaques, ces politiciens qu’on dit « populistes »? Que le libéralisme n’est pas un horizon politique indépassable. Que l’érosion des frontières nationales n’est pas la clé pour la paix dans le monde, mais un moyen très efficace d’atomiser les nations à l’aide du multiculturalisme et de l’amplification des flux migratoires ainsi qu’une façon de favoriser le grand capital à grand coup de libre-échange et de dérégulation marchande. Que le réflexe de conservation des nations est légitime et mérite une voix politique qui soit combative et forte.

Trump n’a rien d’un pourfendeur du libéralisme. Il considère même visiblement qu’il s’agit de la seule doctrine valable intramuros – peu d’État, mince filet social. Il a toutefois l’honnêteté de reconnaître qu’à l’international, cette idéologie n’est souhaitable que si elle sert les intérêts économiques de son pays. Sa présidence, bien que truffée d’inélégances, n’est pas celle d’un idéologue qui rêve d’imposer une pax liberalis planétaire, mais d’un individu qui cherche à prendre parti pour son peuple, que cela corresponde à l’agenda libéral ou à celui d’idéologies défendant la nation et l’existence de situations limites en politique.

C’est à ce titre qu’on le diabolise lorsqu’on s’évertue à désigner avec insistance toutes ses bourdes. C’est à ce titre qu’il apparaît comme celui qui gâche la grande fête du G7 d’un Trudeau qui, lui, représente l’incarnation parfaite d’un libéral-progressiste prosélyte. Pourtant, la bêtise du premier ministre canadien n’a rien à envier à celle du président américain. On la tait ou on la rit gentiment, toutefois, parce qu’elle provient de la bonne cavité buccale, qu’elle est entourée des bons postillons, ceux du vertueux. Celle de Trump, elle, est montrée avec hystérie comme dangereuse pour l’ordre du monde.

Ce que nous apprennent finalement tous ces discours inquiets sur le G7 de Charlevoix, Trump et la soi-disant « menace » populiste consiste en ceci : pensez droit, pensez libéral et oubliez vos intérêts nationaux, sinon le tribunal de la vertu vous condamnera à la potence réservé aux mécréants.