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Les comportements, les souffrances, les paroles caractéristiques de la possession appartenaient à un savoir commun. Les malades s’y conformaient donc spontanément. [Ils] accomplissaient « toutes les grimaces que leur imagination blessée les obligeait de faire (…), comme des choses convenables à leur état. – Yves-Marie Bercé, Esprits et démons : histoire des phénomènes d’hystérie collective

Ils étaient là, arborant l’air hagard et le sourire béat d’un écureuil immobile au milieu d’une chaussée passante. Ils l’écoutaient, ou plutôt l’entendaient devrais-je dire, comme le marin inexpérimenté entend la sirène perchée sur son écueil acéré. Entre eux, une communion intense et enivrante régnait, celle de l’entendu. Leur hostie? L’impolitique. Ils n’avaient point de dieu qu’eux-mêmes et leurs curés étaient partout, transformant l’espace de leur pensée en néant. Leur diable? L’hérétique. Car l’hérétique admettait qu’un autre qu’eux existait. Il admettait que tout n’était pas glace dans laquelle se mirer. Que le champ des possibles était plus vaste que les convenances. Que la politique était une condition essentielle de l’existence des Hommes et que de communier à son absence constituait un pas vers le précipice de l’ensauvagement.

C’est à une reproduction de cette scène surréaliste, pourtant, que nous a convié il y a quelques jours Justin Trudeau lors de son passage à Saint-Jean-sur-Richelieu. Une opposante politique en colère, lors de l’événement, a décidé d’en découdre avec le premier ministre canadien en bras de chemise en lui posant une question simple qu’un certain nombre de Québécois se pose : quand le gouvernement canadien va-t-il redonner au Québec les 146 millions de dollars qu’a jusqu’à maintenant coûté l’accueil des gens qui, depuis plus d’un an, passent de manière organisée illégalement la frontière canadienne et débarquent au Québec via le chemin Roxham afin de contourner la loi sur l’immigration et de demander l’asile au pays alors qu’ils quittent les États-Unis?

La réponse de Trudeau? Le courroux hystérique d’un dévot outré.

« Votre racisme n’a pas sa place au Canada! Votre intolérance n’est pas la bienvenue ici au Canada! »

Et la foule d’applaudir et de crier son approbation. Bêtement. Et la jeunesse de se retourner vers elle, applaudissant de plus belle en appui à Trudeau hurlant comme un enragé après la dame comme s’il avait affaire à une menace. Le regard de cette jeunesse hurlant elle-même « tais-toi et va-t’en vieille folle »…

Or, la dame demandait-elle de fermer les frontières? Non.

D’expulser les gens passés illégalement au chemin Roxham? Non.

Simplement que le gouvernement Canadien, incapable de protéger correctement sa frontière et de faire respecter les lois en vigueur, rembourse aux Québécois les frais encourus par la brèche près de Saint-Bernard-de-Lacolle. Elle l’a certes fait sans fard, elle l’a aussi possiblement fait hors d’une période de questions en bonne et due forme.

Au-delà de l’événement toutefois, c’est ce qui se cache dans la tête des membres de la petite assemblée qui buvait les doctes paroles de Justin qui mérite davantage l’attention.

Ainsi, ne seraient « pas les bienvenus au Canada » ceux qui osent questionner les politiques d’accueil de la fédération? Ainsi, mentionner qu’existe une manière illégale d’entrer au pays équivaudrait à du racisme, de l’intolérance? Ainsi, de souhaiter que nos frontières soient respectées et que des brèches et physiques et légales dans celles-ci soient corrigées serait un comportement passible d’être publiquement lynché par celui qui devrait pourtant tenter d’avoir la dignité inhérente à sa fonction de chef d’État?

L’idée d’une frontière gardée, respectée et de lois effectives en matière d’immigration seraient, à voir la réaction de ces gens, des concepts surannés, désuets, fâcheux, voire même néfastes.

Rappelons à ces gens un certain nombre de faits.

Premièrement, toutes les cultures ne sont pas joyeusement compatibles et il existe des sources de tension et de conflit entre certaines d’entre elles.

Deuxièmement, le métissage n’est pas en soi intolérable, mais en faire une politique sociale, c’est militer pour la disparition des grands ensembles culturels du monde et donc pour l’appauvrissement de ce dernier. Ça n’est pas oeuvrer pour la diversité.

Troisièmement, l’ouverture des frontières est aussi une menace à la biodiversité. Laisser entrer n’importe qui transportant n’importe quoi sur notre territoire, sans effectuer un contrôle extrêmement strict de ces gens et de ces choses, ouvre la porte à l’importation de parasites, d’espèces animales et végétales étrangères risquant de débalancer nos écosystèmes et de mettre en danger certains milieux naturels et certaines espèces d’ici. Une algue asiatique X, par exemple, pourrait, si elle se retrouve dans nos cours d’eau, étouffer la faune sous-marine de tout un bassin hydrographique. N’ayant pas de prédateur, rien ne s’opposerait à sa dispersion. L’appauvrissement des fonds de nos cours d’eau alors engendré poserait un problème à diverses espèces animales qui se retrouveraient sans leur source d’alimentation. Leur survie pourrait se retrouver en péril. Voilà l’effet domino qu’entraînerait potentiellement l’arrivée au Québec d’une petite algue asiatique qui n’aurait pas été détectée à la frontière.

Les contrôles frontaliers et migratoires sont donc extrêmement importants pour une multitude de raisons. Ces raisons sont simples et aisées à expliquer en peu de mots. Elles sont accessibles à une très grande variété d’esprits, des plus simples aux plus développés. Aucun obstacle ne se dresse face à celui qui doit les comprendre si ce n’est son refus de d’abord les entendre.

Pourquoi alors se trouve-t-il des regroupement d’individus se laissant embobiner par les litanies du premier ministre du Canada? Parce que ce dernier parle non plus le langage du politique mais celui de la morale. Ce qu’il défend n’existe pas en ce bas monde et est plutôt de l’ordre du sacré. Non, Trudeau n’a pas de peuple à défendre. Qu’une idéologie : le libéralisme mondialisé et ses illusoires promesses du retour à un temps pré-adamique.

Probablement aussi parce que, comme les phénomènes de possession relatés par Yves-Marie Bercé, dans son ouvrage Esprits et démons que lit actuellement mon amoureuse qui me le citait tout à l’heure, existent entre les malades des liens invisibles, des conventions qui dictent leurs comportements de manière à ce qu’ils soient conformes à ce qu’on attend d’eux dans leur condition.

Voilà peut-être un des secrets du succès actuel de Trudeau et plus largement des apôtres inconditionnels du libéralisme mondialisé à travers le monde.