enter image description here L’authenticité est une qualité infiniment précieuse. Il s’agit d’un don de soi, d’un abandon des barrières, d’un témoignage de vérité destiné à soi-même et aux autres. Chaque matin, en ouvrant l’oeil, je reçois cette authenticité de ma compagne. Bonheur et chance inouïe! Puis je me lève, je déjeune dans le silence du matin, de très bon matin, et je pars. Je sillonne des routes de campagne désertes à la barre du jour.

Je croise toujours le même troupeau de vaches charolaises, chemin de la Petite-Côte. Toutes broutent de l’herbe tendre dans un petit coin de pâturage rocailleux. L’existence lente de quelques vaches en liberté! Y a-t-il plus beau témoignage d’authenticité, d’imperméabilité face aux impératifs hypermodernes dans le règne animal? Pareil pour les champs, vastes, parsemés d’arbres matures se déployant dans la lumière dorée du matin. Des bancs de brume flottent au ras du sol, épars, et brouillent le réel sans jamais toutefois le faire mentir. Au loin, d’immenses éoliennes captent le vent. Leurs pales tournent lentement et avec puissance. La force du vent ne connaît pas de limite!

On pourrait croire que le gros moteur diésel que je fais s’animer de mon pied droit brise et déchire l’aube. Non, pourtant, même le sifflement de son turbocompresseur me semble en phase avec le « vrai » du paysage. Mon gros Cummins 6,7 litres prend son temps, et ne se prend pas pour un autre. Poésie mécanique, en quelque sorte, aux antipodes des petites voitures japonaises modifiées et désagréablement hurlantes qui abondent dans les entrées des bungalows de banlieues dortoir sans âme.

Une croix de Saint-André surgit, une cloche tinte, un train passe. J’attends. La maison d’à côté arbore un beau fleurdelisé, en bien meilleur état et plus fier que celui de certains édifices gouvernementaux. Rien ne presse, le clocher de l’église du village à côté de laquelle je m’arrêterai quelques instants sera encore là tout à l’heure. Le convoi disparaît finalement dans la perspective parfaite formées par les deux lignes parallèles qui s’enfoncent dans les champs de maïs. Authenticité, dis-je.

Cassure

J’allume la radio. C’est la campagne électorale.

On apprend que la candidate du PQ dans Mercier Michelle Blanc aurait inclus le mot « chier » dans de nombreux tweets. Qu’elle se serait choquée contre la communauté hassidique de Montréal et aurait dénoncé dans un texte bien poivré son repli sur elle-même et son refus d’intégration à la société québécoise. Qu’il faudrait conséquemment, selon B’nai Brith Canada, qu’elle se retire de la campagne à cause de son antisémitisme. Puis j’ai une pensée pour le blogueur-poubelle de gauche et professeur de philosophie Xavier Camus, qui doit jubiler de voir une candidate du PQ qu’il pourfend depuis plusieurs mois se retrouver en mauvaise posture médiatique.

Cette pensée me dégoûte.

Et je pense à Michelle Blanc, à qui je souhaite vivement de remporter l’élection dans Mercier le 1er octobre prochain, ne serait-ce que pour donner un ulcère d’estomac à Camus.

Que reproche-t-on exactement à Mme. Blanc? D’avoir des préoccupations identitaires, et surtout d’en parler sans aucune censure. D’écrire sans gants blancs. D’être elle-même dans ses interventions, sans fard. Michelle Blanc parle son propre langage, et non celui, aseptisé et fade, des spécialistes en communication pour qui l’essentiel est d’avoir assez peu de saveur pour ne déranger personne.

Les analystes politiques parlent de Mme. Blanc comme d’une candidate imprudente, malhabile politiquement. Parfois même comme une source de distraction nuisant au Parti Québécois. Oui, on est loin, avec Michelle Blanc, de la douceur de Véronique « Phénobarbital » Hivon.

Elle écorche les oreilles sensibles.

Dans un monde où on déplore sans cesse la langue de bois des politiciens, leur manière de nous endormir plutôt que de nous éveiller, pourquoi devrait-on en vouloir à Michelle Blanc?

Je n’ai pas de réponse à cette question.

Tout comme le son de mon Cummins sur le chemin de la Petite-Côte à l’aurore ne m’agresse pas, le parler vrai de Mme. Blanc me plaît bien. Elle est la couette de cheveux qui dépasse d’une coiffure et qui prouve, par sa seule existence, que le tout n’est pas une perruque. Elle est cette « autre chose » qui démontre, par sa présence, qu’un paysage bucolique est bien vivant et n’est pas qu’une peinture ou une photographie. Que la vie existe en lui. Qu’il est vrai. Authentique.

Haïr ce qui dépasse

Que signifie le dérangement médiatique général engendré par la manière d’être de la candidate péquiste de Mercier, les hauts cris indignés qu’elle suscite? Qu’on s’évertue à toutes forces à nous apprendre collectivement que ce qui dépasse est de mauvais goût et doit être nivelé. Et ce sont pourtant les apôtres du « vivre-ensemble », de la diversité, de l’amour supposément inconditionnel de l’Autre qui s’échinent à nous le répéter.

Tout ce que cherchent ces sordides personnages souhaitant définir ce qui est acceptable politiquement et interdire ce qui n’entre pas dans les critères de respectabilités qu’ils établissent est en fait de nous éloigner de ce qui génère l’énergie, la vigueur politique d’un peuple, d’une nation : le droit d’être lui-même, de vivre des passions politiques, de se tenir debout pour préserver son identité, de reconnaître ses ennemis historiques et idéologiques, ses traitres et d’entretenir envers eux un sain et salvateur ressentiment. D’utiliser l’énergie de ce ressentiment pour agir positivement afin de pérenniser la nation à l’aide d’institutions solides et de la conquête de sa souveraineté.

Avec son bagage culturel français et sa tradition morale et politique héritée du catholicisme pré Vatican II, le Québec est la mèche de cheveux qui dépasse de la coiffe anglo-protestante nord-américaine. Ne nous laissons pas convaincre qu’il vaudrait mieux la couper.