Leroux

Chroniques

Laïcité et patrimoine

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Le 1er octobre dernier, la situation politique du Québec a changé du tout au tout. L’immense pouvoir que le Québec français laissait depuis 2004 entre les mains des minorités de blocage anglo et néo-québécoises lui est revenu. L’effort a été douloureux, mais le résultat est indéniable. Élu principalement sur ses promesses en matière d’immigration et de laïcité, Legault devra maintenant satisfaire les attentes. Ploiera-t-il devant les incantations bien-pensantes des grands médias métropolitains et les grognements des groupes de pression anti-racistes de la gauche anglolâtre?

Dieu qu’on disserte sur la laïcité depuis l’élection de François Legault et de son équipe à Québec! La « zone rouge » qu’est Montréal (l’orange est une nuance de rouge) a bien fait connaître ses positions et établi le standard de légitimité et d’acceptabilité. Interdire les signes religieux ostentatoires chez les employés de l’État en position d’autorité, d’accord. Mais inclure dans cela l’autorité des enseignants sur les élèves dépasserait, dit-on, les bornes. Remercier une enseignante voilée pour non-respect des lois québécoises après lui avoir offert un autre travail serait digne des pires abus.

Plus odieux encore, plus incompréhensible serait l’idée de légiférer de la sorte tout en laissant toute trace de l’héritage catholique du Québec dans les édifices publics. C’est pourtant la position qu’adopte le gouvernement dans ses déclarations médiatiques. Il s’agirait, selon quelques commentateurs, d’une insulte à l’intelligence. Pire! De l’illustration pure et simple d’un « deux poids, deux mesures » qui révélerait la xénophobie sous-jacente aux désirs du Québec pour une laïcité affirmée.

La preuve serait faite. L’infâme « droite » que représenterait Legault, une droite bien timide si vous voulez mon humble avis, serait soit idiote, ce qui ne serait pas une accusation fort originale de la part des beaux esprits progressistes qui n’ont de cesse de se gargariser de supériorité morale, soit dangereuse.

Pour que la laïcité soit acceptable, elle doit se conjuguer à un effacement sans merci de tout signe de l’héritage catholique du Québec.

Or, la croix au mur d’un palais de justice est-elle un affront à la laïcité aussi significatif qu’un juge qui arborerait la kippa? Le crucifix au mur du Salon Bleu est-il une preuve de la connivence entre les législateurs et le religieux autant qu’une policière voilée représente la soumission du bras armé de l’État aux caprices de l’islam?

L’argument voulant conserver ces crucifix au nom du patrimoine est-il si peu valable qu’on le laisse croire? S’agit-il d’une hypocrisie des « identitaires » qui prôneraient la laïcité mais souhaiteraient en fait surtout exclure l’autre au nom d’innommables phobies?

Il me semble que c’est plutôt de croire cela qui relève de l’hypocrisie ou de la réflexion boiteuse.

Vouloir purger les institutions québécoises des symboles qui rappellent l’héritage catholique qui les forge, voilà qui me semble contraire au devoir de mémoire que nous impose notre statut de culture précaire, de « petite nation ». Qu’on exige que juges, policiers, professeurs se dépouillent des signes visibles de leur appartenance religieuse pour exercer leur autorité se défend parfaitement bien, puisque c’est le jugement de ces gens qui est en jeu dans les décisions que leurs emplois les force à prendre. Leur soumission à des lois religieuses doit être assez faible, leur libre arbitre assez grand pour que ce dépouillement temporaire, le temps de l’exercice de leur fonction, ne leur pose aucun problème. Leur réticence à le faire devrait déclencher l’alarme de notre méfiance.

Le crucifix au mur de la salle de cour démontre-t-il que le magistrat qui siège-là est soumis à une quelconque doctrine? Relève-t-il d’un choix de l’individu qui exerce l’autorité au nom de l’État de se soumettre à quelconque dogme? Non. Il témoigne certes d’un temps où les liens étaient forts entre le clergé et l’État, ainsi que de l’importance que revêt culturellement le catholicisme pour la société de laquelle émergent les lois ayant cours aujourd’hui au Québec, mais rien de plus. Cette influence historique, rien ne peut la défaire. Cette importance culturelle, encore très prégnante aujourd’hui quoi qu’on en pense, quelle que soit la haine que certains s’évertuent à vouer au catholicisme chaque jour de leur vie au Québec, rien ne peut l’annihiler.

Pas même – surtout pas! – l’indignation stérile qui fait le fond de commerce des libéraux progressistes métropolitains face aux positions identitaires de la majorité francophone hors-Montréal.

Si ces libéraux progressistes étaient moins imbus de leurs propres grimaces, plus cohérents et plus conséquents dans leurs réflexions sur la laïcité, leur premier combat devrait logiquement être de remplacer le fleurdelisée, une véritable insulte à toutes les idées qui leurs sont chères.

Un drapeau chantant l’exceptionnalité française du peuple Québécois par ses quatre fleur de lys.
Un drapeau chantant notre héritage catholique par la grande croix blanche qui l’orne.
Un drapeau bleu, adopté sous Duplessis.

Si la croix au palais de justice de La Tuque est inacceptable, que dire de celle structurant le symbole ultime du Québec qu’est son drapeau?

Si le Québec des profondeurs, le noyau culturel français et régional qui en constitue le coeur battant, est une majorité dont on doit tempérer les pathologiques ardeurs et qu’il faut urgemment sortir de son ignorance, que dire des quatre fleurs de lys qui chantent la majesté de cette culture en Amérique?

Si Duplessis représente la Grande Noirceur, si, comme on aime à nous le faire croire, tout a commencé pour notre peuple le jour de sa mort, que faire du bleu drapeau des bleus?

Non, vraiment, ceux qui, au nom d’une conception plus intelligente et plus élevée de la laïcité, feignent de ne pas comprendre quelle logique peut sous-tendre le maintient du crucifix à l’Assemblée Nationale et dans les palais de justice pour des raisons patrimoniales tout en ne s’insurgeant pas de l’existence même du fleurdelisée sont plus risibles que moralement supérieurs.

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Les chefs se parlent, mais nous parlent-ils?

3 Comments

  1. Mon commentaire précédent est parti par erreur. Pourriez-vous me le retourner SVP afin de le relire et y apporter une conclusion.

    Diane Gélinas

    P. S. Je viens d’acheter votre livre ANESTHÉSIE GÉNÉRALE et je l’ai recommandé à plusieurs correspondant-es.

    • Hélas, je n’ai pas accès à votre commentaire précédent! Il n’apparaît nulle part dans mon gestionnaire WordPress!

  2. La laïcité de l’État est sans doute le souhait d’une majorité de Québécois.

    Les institutions représentant l’autorité de l’État québécois devraient, par conséquent ne pas afficher de préférence religieuse. Alors, si on accepte que les juges n’affichent pas de signes religieux ostentatoires, comment justifier la présence d’un crucifix au sein d’un Tribunal impartial de par sa nature-même?

    Il en va de même pour l’Assemblée nationale où l’affichage de signes religieux, non seulement le crucifix, mais également les multiples signes anglicans de la couronne britannique – la Reine était la Cheffe officielle de l’Église anglicane – devraient aussi disparaître.

    En 2000, les Commissions scolaires ont été déconfessionnalisées et regroupées selon la langue d’enseignement. Progressivement, les crucifix ont été enlevés des classes par respect pour les élèves/étudiants de croyances diverses. Alors, comment justifier que des enseignants et enseignantes puissent afficher des signes religieux ostentoires dans ces institutions? Quels droits individuels ont préséance sur les autres : ceux des professeurs ou ceux de la clientèle étudiante ?

    Le drapeau du Québec affiche quatre fleurs de lys blanches dans quatre carrés bleus séparés par une marge horizontale et une autre verticale. C’est sûr qu’on peut interpréter qu’il s’agit d’une croix… mais ce n’est tout de même pas un crucifix. La vision d’un passé pas si lointain qui me vient, c’est un version du même drapeau avec le ‘coeur sacré de Jésus’ en son centre… Là, c’était un symbole religieux ‘pas à peu près’ !

    Alors, si ces marges en forme de croix créent chez certaines personnes une association indirectement subtile au catholiscisme, qu’on redessine le drapeau tout bleu avec une grande fleur de lys blanche en son centre. Personnellement, je me rallierais à une telle reconfiguration.

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