enter image description here Faut-il vivre dans un univers parallèle pour ne pas comprendre que, loin de s’essouffler parce que ses causes disparaîtraient, le populisme gagne en vigueur et en pertinence, et fait conséquemment de plus en plus peur à cette élite vectrice de l’idéologie politique à la source des grands problèmes de notre temps?

J’écoutais cette semaine, à l’émission de Catherine Perrin à Radio-Canada, un segment sur le populisme prétendant que le mouvement s’essoufflait, au grand bonheur de la totalité des intervenants invités (la journaliste Agnès Gruda, le juriste McGillien Daniel Weinstock et le militant de QS Ludovic Moquin-Beaudry). La première chose remarquable dans cette table-ronde était l’impuissance intellectuelle des invités, incapables de définir de manière claire et factuelle le populisme. Les définitions données?

  • Rejet de la « diversité »
  • En appeler aux « bas instincts » des citoyens
  • Dénigrement des institutions
  • S’improviser comme « voix du peuple » (mot qu’Agnès Gruda confie détester)

Un ramassis de mépris, faisant l’impasse sur la vraie nature du populisme, soit le rejet du clivage gauche/droite, la dénonciation des élites, le désir de reconnecter le peuple au politique sans avoir constamment peur des « passions populaires » pathologiques.

Mais il est toujours intéressant d’entendre ce que l’élite médiatique libérale-libertaire a à dire au sujet de ses ennemis idéologiques, ne serait-ce que pour prendre la mesure de l’abysse intellectuelle que constitue son incapacité à lire le réel. Car incapacité il y a, comme si des oeillères libérales avaient été rivetées à leur capacité d’analyse.

Leurs principaux arguments pour soutenir leur thèse de l’essoufflement du populisme consistait à dire que le Brexit battait de l’aile, qu’un nouveau référendum consacrerait probablement une victoire du « STAY », et que les municipales, en Pologne, avaient été l’occasion pour le camp des gentils de donner de significatifs camouflets aux « méchants » populistes partisans de la démocratie illibérale du parti Droit et Justice (PiS).

Ces deux arguments me semblent aussi valables que la parole de Bill Clinton qui prétend n’avoir rien fait avec Monica.

Le Brexit difficile

Si un second référendum avait lieu en Grande-Bretagne et que le « STAY » venait à l’emporter, il ne s’agirait pas tant d’un signe d’essoufflement du populisme, mais bien d’un événement susceptible d’enflammer le mouvement. Il s’agirait d’une victoire remportée de force par l’élite libérale urbaine « bien élevée » et la City, trop contente que Theresa May ait montré que l’Union Européenne était une trappe à homards, sur les régionaux. Il s’agirait d’une raison de plus, pour le peuple, de souhaiter des leaders populistes plus musclés, mieux armés pour mâter les bien-pensants dominants et les institutions qui consacrent et pérennisent leur pouvoir.

Il faut vraiment ne rien voir et ne rien comprendre aux sentiments populaires pour prétendre que le psychodrame du Brexit signifie un apaisement du peuple. Il s’agit plutôt d’un coup de fouet et d’un accroissement du clivage entre lui et l’élite.

Les municipales en Pologne

Le cas des municipales en Pologne et l’analyse qu’en font Gruda et ses acolytes radio-canadiens relève de la même anesthésie intellectuelle, doublée d’une mauvaise foi à la limite de la malhonnêteté.

La journaliste affirme en effet, dans son papier publié dans La Presse, que le grand perdant des municipales polonaises est le parti populiste PiS, qui reprend pour lui l’idée – épouvantable pour les libéraux – de démocratie illibérale, où le droit des peuples et des citoyens peut primer sur les droits individuels.

Or, PiS, dans les faits, est arrivé en tête des suffrages à l’échelle nationale.

Le camouflet sensé représenter son essoufflement vient des grandes villes polonaises (Varsovie, Lodz et Lublin).

Encore une fois, il faut être totalement – et volontairement, je crois – aveugle au phénomène de clivage qui s’installe entre les grandes agglomérations urbaines et leur périphérie, les « régions » au Québec, phénomène documenté par le géographe Christophe Guilluy dans La France périphérique. Que les grandes villes, toutes en voie de devenir des global cities, lieux d’injection de l’hégémonie idéologique libérale par le biais des médias et des universités, crachent politiquement sur les populistes et les « illibéraux » n’a rien de surprenant.

La lutte entre les régions – les « périphéries » – et les global cities, en démocratie, est en fait une lutte idéologique entre deux visions du monde diamétralement opposées (cosmopolitisme VS enracinement, économique VS politique et, certains diront, à Radio-Canada, xénophobes VS société ouverte).

La radicalisation des libéraux-libertaires urbains est proportionnelle à leur crainte de perdre leur statut de dominants politiques, et non pas le signe d’une perte de vitesse du populisme ou de l’illibéralisme.

L’autisme radio-canadien face à la tectonique des plaques politiques de notre époque montre bien que, loin d’être le seul média sérieux au Québec, la radio publique fédérale appartient plutôt au problème de notre société qu’à la solution.

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