L'Unilys

Mercredi dernier, les hautes instances du Parti Québécois ont annoncé l’achèvement, fin janvier, de la création de l’Institut de recherche sur la souveraineté promis par Pierre Karl Péladeau lors de la course à la chefferie de l’hiver 2015. Avec la création, cet automne, d’une école de formation permanente ayant comme objectif d’outiller les jeunes militants pour faire la promotion de la souveraineté nationale du Québec, la mise sur pieds de l’institut engendre des réactions du camp anti-souverainiste directement proportionnelles à leur crainte d’un renouveau du mouvement d’auto-détermination québécois contre lequel ils luttent depuis maintenant 40 ans. Comme à l’habitude, tous les moyens seront bons pour apeurer la population et perpétuer la dénationalisation du Québec au profit du Quécan qu’on connaît actuellement.

Les vierges offensées

La danse des épouvantails n’a pas pris de temps à se mettre en branle quand, en octobre dernier, Jean-Marc Fournier s’est inquiété de la tentative « d’endoctrinement » des jeunes par le Parti Québécois avec son école de formation. Gageons que le même genre de réaction émanera des instances anti-souverainistes lors de la fondation de l’institut de recherche, d’autant plus qu’en tant qu’entité indépendante du PQ, aucune limite de dons ne sera imposée pour aider au financement de l’organisme sans but lucratif. Une importante contribution financière de Pierre Karl Péladeau est même évoquée par Jean-Marc Salvet dans un article du Soleil du 12 janvier dernier. On parle déjà d’un contournement malhonnête de la loi sur le financement des partis politiques par les souverainistes qui pourront, dit-on, engraisser généreusement la propagande de leur option à travers un think tank générateur d’études qu’on dira, bien entendu, truquées et biaisées. Cessons toutefois quelques instants de jouer aux vierges offensées.

Il est évident que l’Institut de recherche sur la souveraineté produira des études et des recherches favorables à l’indépendance du Québec et mettant en évidence comment et pourquoi cette option politique n’est ni impossible, ni illégitime. Il est aussi évident que l’école de formation du Parti Québécois donnera aux jeunes militants, c’est-à-dire les membres volontaires de moins de 30 ans, l’occasion d’affûter leurs argumentaires et leurs réflexions quant à la question nationale et à la valeur de l’option souverainiste par rapport au statu quo. S’en outrer relève ou bien de la mauvaise foi, ou bien d’une désespérante naïveté. Il est aussi plus que pertinent de noter qu’existe, comme le mentionne Michel Girard dans une chronique parue le 23 janvier, un institut de recherche destiné à promouvoir le fédéralisme – « L’idée fédérale —Réseau québécois de réflexion sur le fédéralisme »– et que cet institut, dirigé par Jean Charest, est considéré comme un organisme sans but lucratif, donc exempt des limites de dons prévus par la loi électorale québécoise. Voilà un bel exemple de double standard.

Renverser la vapeur

Cette prévisible levée de boucliers des anti-souverainistes outrés lève le voile sur un des grands défis qui attend le mouvement indépendantiste québécois d’ici les élections provinciales de 2018. Que faire face au camp du statu quo fédéraliste qui, malgré les fraudes passées, lave désormais plus blanc que blanc et javellise nos réflexions politiques de la vertu inclusive communautariste dont elle se drape, en s’arrogeant le monopole du vivre-ensemble et de l’amour de l’autre par l’effacement de soi? Il faudra aux souverainistes non seulement la dose de réalisme nécessaire pour former une réelle coalition électorale de sorte à contrer le monopole libéral qui s’installe lentement, mais aussi avoir la volonté nécessaire pour se donner enfin les moyens de leurs ambitions et renverser la vapeur qui porte actuellement le nation building canadien.

La fondation de l’école de formation du PQ et de l’institut de recherche sur la souveraineté sont certes deux pas dans la bonne direction, mais il ne faudrait surtout pas s’en satisfaire. Il faudra aux indépendantistes cesser d’avoir honte d’exister. Proposer non pas de risquer une nouvelle fois l’échec référendaire, mais bien de faire le pays en adoptant une stratégie de gouvernance nationale s’opposant à l’ordre constitutionnel canadien, approche proposée encore aujourd’hui par le sociologue Robert Laplante, directeur du mensuel L’Action Nationale. En procédant au rapatriement des pouvoirs à Québec par décret, à l’adoption d’une constitution provisoire, à la fondation d’une Cour constitutionnelle et à la création d’une citoyenneté, on cessera de ne faire que condamner ce qui s’oppose à nous. On pourra enfin commencer à faire ce qu’on veut faire. Il faudra aux indépendantistes la force et la conviction de montrer que la gauche libéralisante qui règne en prétendant être à la défense de la diversité culturelle est en fait un rouleau compresseur normatif dénationalisant, travaillant davantage à l’appauvrissement de l’écosystème culturel mondial et à la défense des intérêts des nations dominantes qu’à la protection des diversités.