Justin le paon

Dans une société où le désaccord, le débat et le conflit sont craints, où l’incertitude est honnie et où la fête est reine, il n’y a rien de plus dérangeant que l’autre et l’hétérogénéité qu’il suppose. Et il n’y a pas de méthode plus douce pour le faire disparaître que d’organiser un grand et perpétuel spectacle en son honneur, de le mettre en scène, de le modeler et le façonner, de l’instrumentaliser, puis de l’artificialiser. De se l’approprier. D’entendre son cri exalté lentement se noyer dans la cacophonie carnavalesque de la célébration en son honneur qui ne se termine jamais.

Ou bien notre cher Justin l’a compris mieux que quiconque, ou bien il est d’une touchante candeur. En effet, s’il y en a un qui sait manier l’art de la fête et du spectacle sur la scène politique, c’est certainement lui. Chaque jour, Justin dilue le réel dans une grande fête invitante, moderne et parfaitement lisse. Seuls les esprits rétrogrades s’en inquiètent.

Et j’en suis.

Pas un jour ne se passe sans qu’un média quelconque ne m’apprenne que notre premier ministre est allé dans un magasin s’acheter une planche à neige, qu’il a fraternisé avec le Bonhomme Carnaval, qu’il s’est fait assaillir par des jeunes femmes en émoi, qu’il a mangé du smoked meat aux États-Unis. Justin Trudeau est un joyeux luron bien agréable, bien séduisant, et bien souriant. Il s’avère être aussi le premier ministre de la fédération canadienne. La dilution du contenu politique de son règne dans l’unanimité d’une grande fête ressemble de plus en plus à une une infopub perpétuelle nous le vendant au nom de l’amour de la vie et de la « politique autrement ». Et le volume de la cacophonie festive augmente, et augmente encore… L’unanimité ne cesse de se répandre de tous bords et tous côtés. Ainsi se dilue l’autre, celui par qui est possible la diversité, celle-là même au nom de l’amour de laquelle cette grande fête politique est maintenant célébrée!

Le Canada des libéraux… célébration de la diversité ou apologie d’une homogénéité festive à laquelle tous, tôt ou tard, consentiront sans résistance?

À voir…