Leroux

Chroniques

Le poids de l’espoir

Pourquoi se bat-on, dites-moi?

De quoi se souvient-on? Vraiment, sommes-nous de cette génération qui devra proposer de survivre à un peuple qui consent avec indifférence à son absorption? La lutte ne sera donc pas celle de la naissance et de l’espoir, mais celle de conservation. Nous la mènerons contre la religion du progrès qui s’imagine appartenir naturellement au libéralisme débridé. Nous sommes mieux d’être faits forts, mes amis.

Je n’ai pas envie de m’empêtrer d’explications et d’analyses ce matin, car je suis épuisé et désolé. Je suis épuisé d’entretenir un semblant d’espoir alors que de toute part, j’entends l’appel de la résignation. Souriant, l’empire du bien me regarde et me susurre : « voyons… pourquoi résister? Pourquoi te braquer contre ce qui, irrémédiablement, est et sera? Viens! Il y a de la place pour toi. »

Aurais-je compris, enfin, que le temps des tourments est passé? Que l’unité a triomphé? Ma bulle indépendantiste serait-elle enfin percée et injectée de cette réalité que je refuse de voir : mon projet, le Québec n’en a jamais voulu et n’en veut toujours pas à ce jour? À quoi bon entretenir cette tension nationale? Cela n’est-il pas au détriment du peuple auquel j’appartiens et pour lequel je souhaite le meilleur?

J’ouvre la porte aux corrompus en faisant diversion de l’essentiel : l’affrontement entre la gauche et la droite. J’empêche le progrès social à cause de mon obsession pathologique pour un rêve d’un autre temps, un temps passé, un temps perdu. Et tout ça pour quoi, au final? Pour me refuser à un excellent pays, le Canada, qui m’offre un quotidien paisible et une société passablement prospère? Pourquoi m’accrocher à cette idée idiote de l’état-nation? La nation n’a-t-elle pas engendré les pires maux des derniers siècles? Quelle manque de perspective que le miens, quel refus d’admettre l’évidence.

Évolue, David. Ne gaspille pas ton énergie intellectuelle à lutter contre le temps qui passe et qui arrange les choses correctement, immuablement. Participe positivement à ta société, à la place… Tout le monde y gagnera, et toi aussi. Luttes pour de vraies causes : la planète, la santé, la dissolution des barrières entre les individus de toute origine, l’égalité des sexes.

Allez… Ne deviens pas cet esprit chagrin que tu laisses s’exprimer depuis quelques années maintenant. Accepte ce qui est, embrasse le monde, et regarde en avant.

De plus en plus d’indépendantistes le disent. Ils le disent à regret certes, mais ils le disent tout de même. L’heure n’est plus à la lutte, mais à la survivance. Comment demander de survivre à un peuple qui n’est pas mort et qui vit dans la certitude de sa suffisance? Si croire au pays en ces temps étranges est naïf, croire à la possibilité de la survivance l’est tout autant. Je demande donc : que doit-on faire? Fermer les livres? Entretenir le fossile de notre passé politique?

Il y en a encore qui espèrent le pays dans le lot, pourtant, malgré les appels répétés à cesser de parler d’une question dont la population n’a, dit-on, plus rien à faire. Il y en a encore qui croient que tout n’a pas été essayé, que 41% d’appuis à un projet abandonné par le parti qui le porte depuis 20 ans ne signifie pas rien. Mais l’espoir est difficile à entretenir quand, de toute part, fusent les appels à la résignation. Ce matin en tout cas, je le trouve bien pesant à porter et l’horizon politique me semble bloqué.

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2 Comments

  1. Gilles Sauvageau

    Bonjour,

    Je t’invite amicalement à une brève réflexion. Je la crois nécessaire ces temps-ci, du moins pour ceux qui ont à coeur la survie de notre langue: le français. Si je me donne la peine de t’écrire, c’est que tu es important(e) pour moi.

    Je trouve bien triste que le franglais est, de plus en plus, «full» présent dans nos échanges jusqu’à ce que nous soyons tous «full» assimilés. En voici un tout petit exemple, et il y en a des milliers comme ça. Une suggestion, si on nommait ça une pince tout usage, au lieu d’une «clever clips». Trop simple, hein ? Comme ça, on n’a pas à «checker» bien loin. C’est tellement plus facile avec un p’tit raccourci anglais.

    Moi, je n’ai jamais voulu me réduire à une neurone anglaise. Quelle insolence ! Quelle vanité ! Je parle simplement et j’écris mon français le mieux possible, je parle et j’écris en anglais couramment, sans être parfait, et je me débrouille un peu en espagnol. Je n’ai pas appris l’anglais ou l’espagnol à l’aide de cours de langue. J’ai plutôt appris par immersion en voyageant et au travail. «It is not the mother to drink, goddem», au fond, ce n’est pas la mère à boire. «Espère-moi su’el corner, je vas crosser la street, pis je vas être back dans pas grand temps». Tu trouves ça merveilleux, n’est ce pas ! Écoute un peu les gens parler.

    Tranquillement, insidieusement, machiavéliquement, la victoire de Lord George Lambton Durham, soutenu par des sbires, des valets, des thuriféraires comme Sir Georges-Étienne Cartier, Louis-Stephen St-Laurent, Pierre-Elliott Trudeau et son homme de service Jean Chrétien, John James Charest et son homme de service Jean-Marc Fournier, et j’en passe, très bien appuyés par leur grande famille: la mafia.

    Il semble que nous nous éloignons tranquillement et, surtout, nonchalamment du temps où les religieux et religieuses nous enseignaient «le bon parler français», et une bonne écriture. Je me souviens que ça faisait partie de ma génération. Combien de grands écrivains et de chansonniers, chanteurs, compositeurs et interprètes proviennent du Québec ou du canada-français, artistes dont nous devons être très fier.

    Aujourd’hui, à lire sur les réseaux sociaux et les commentaires dans les journaux électroniques des textes pleins de fautes, je me questionne sur l’intérêt que suscite NOTRE langue. L’érosion, la dégradation, la désagrégation de NOTRE LANGUE, et par le fait même de NOTRE culture, est sur la bonne voie…………… pour ceux qui souhaite sa disparition peu à peu sur cette terre nord-américaine et très majoritairement anglo-saxonne. Je me sens retourner il y a plus de 60 ans, période où l’on se faisait aborder par les vendeuses des grands magasins du centre-ville de Montréal. «May I help you ?» C’est «full cute», hein ?

    Vive les patriotes ! Vive le Québec français ! Vive le Québec libre !

    Amicalement,

    Gilles

    • Bonjour M. Sauvageau,

      je vous remercie pour cette riche réflexion sur la langue française. Inutile de vous dire que je partage votre sensibilité à cet égard! Il s’agit pour nous d’un ancrage culturel essentiel. Nous avons tendance à oublier, aujourd’hui, qu’une ancre est souhaitable sur un navire, qu’il ne s’agit pas d’un fâcheux vecteur d’immobilisme qui empêche le passager de voyager, mais bien de ce qui lui permet de choisir où il fait halte pour explorer.

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