Une du MacLean's Je publiais hier, dans les pages du journal Le Devoir, un papier proposant un lien entre l’attitude de soumission et d’impuissance qui émerge depuis des lunes et des lunes du Parti Québécois, soumission et impuissance qui s’exprime ces temps-ci par le biais de la course à la convergence des forces souverainistes, et la lassitude indéniable des québécois qui, bien qu’ils soient intéressés par l’idée d’un Québec pays, ne voient pas comment un tel projet est possible dans le contexte politique atrophié d’aujourd’hui. J’aimerais revenir un peu ici sur ce papier en le mettant en relief avec l’aventure PKP-O-PQ. Ce billet ne sera pas bien long. Il permettra toutefois, je crois, d’identifier l’ampleur de la tâche qu’on doit entreprendre pour redonner au Parti Québécois la virilité politique qu’il n’a plus et qui, pourtant, est requise pour mener à bien son projet.

PKP : décembre 2014

J’ai eu la chance de m’entretenir un peu directement et seul à seul avec Pierre Karl Péladeau en décembre 2014. La course n’était pas encore lancée, bien que les candidatures étaient déjà annoncées. C’était à l’assemblée générale régionale annuelle du Comité des Jeunes du Parti Québécois. Je lui avais demandé comment il entendait mener le dossier de la convergence des forces souverainistes. Sa réponse avait été la suivante.

« La convergence se fera naturellement quand on présentera un projet clair, limpide et sans équivoque pour faire l’indépendance du Québec. »

Je ne saisissais pas, à l’époque, l’ampleur de la vérité derrière cette réponse toute simple. J’étais même critique et méfiant. Je croyais, naïvement, qu’on devait travailler activement à cette convergence immédiatement en ouvrant les portes de notre parti, en organisant des tables de discussion transpartisanes en vue de monter, d’un commun accord, une stratégie électorale commune pour 2018.

Inutile de vous dire que la réalité m’a rattrapé. Aujourd’hui, je m’inscris absolument et parfaitement dans cette vision PKPiste de la convergence. Compter sur la bonne foi des autres joueurs politiques partisans pour monter notre projet, c’est en réalité de se mettre en position de soumission dans une lutte de pouvoir politique. C’est, dans le cas d’une négociation avec Québec Solidaire par exemple, d’accepter de ramper devant leur idée d’un souverainisme conditionnel arrimé à un projet politique qui non seulement ne parle pas tellement à la population habitant à l’extérieur du réseau desservi par Bixi, mais qui rend la convergence elle-même très improbable étant donné les spécificités de leurs exigences en matière de gestion de l’intendance gouvernementale.

Je ne blâme d’ailleurs aucunement Québec Solidaire d’être aussi fermé à l’idée faire des compromis idéologiques pour faciliter la réalisation de l’indépendance. Il faut croire qu’ils sont à ce titre plus connectés que le PQ quant à ce qu’est la lutte politique traditionnelle, c’est-à-dire que les intérêts partisans passent avant les bonnes intentions.

Bref…

La génération naturelle de la convergence des indépendantistes grâce à un projet clair et résolument volontaire. C’était là la position adoptée en décembre 2014 par Pierre Karl Péladeau quant à la convergence. Cette position était celle du chef qu’on voyait en lui, et non pas celle d’un establishment émasculé qui quémande de l’aide. Gardons cela en tête.

PKP : février 2016

Un an et quelques mois se sont écoulés depuis mon premier échange avec PKP. Il a triomphé d’une course à la chefferie sans grand remous, sans grand débat. Il a su garder la tête hors de l’eau tout au long des trois mois qu’a duré l’exercice. On lui avait sans doute fait valoir que, considérant sa position de meneur, il était avantageux pour lui de rester hors de toute eau chaude. L’exercice avait été pour lui difficile, Péladeau n’étant pas tout à fait un homme habitué à se soumettre. On avait senti chez lui un certain malaise face au formatage politique qu’on lui servait dans le cadre de la course. Il fallait, reconnaissons-le, avoir du front tout le tour de la tête pour souhaiter dresser PKP, le plus pugnace et volontaire leader indépendantiste qu’on avait vu passer depuis longtemps.

C’est pourtant ce qui fut fait. La manière dont, en février dernier, le Parti Québécois alors dirigé par Péladeau envisageait de « faire la convergence » en vue des élections de 2018 d’une façon totalement opposée à ce que l’instinct et la vision puissante et décomplexée de PKP entrevoyait un an plus tôt me semble révélatrice d’un mal profond au sein du parti. Aurait-on émasculé PKP?

Poser la question, c’est un peu y répondre.

Maintenant, chers amis, demandons-nous un moment ceci. Si un homme tel que Pierre Karl Péladeau, pas particulièrement réputé pour se laisser faire, a été émasculé par l’establishment du parti qu’il dirigeait, qui réussira à résister à cette tare politique typiquement 2016 du refus du conflit politique, de la peur de la rupture, du rejet de ce que la politique requiert de volonté de puissance et de virilité?

Je me le demande.