enter image description here J’ai recommencé les cours aujourd’hui. Certains d’entre vous le savez : je suis étudiant à l’université McGill. Amis indépendantistes, n’y voyez pas une trahison nationale. Je trouve, à McGill, tout le savoir nécessaire pour enrichir ma réflexion quant à la question nationale, probablement plus, même, qu’entre les murs de certains établissements francophones dont la formation est moins classique et large et plus ancrée sur les idéologies à la mode. Ceci étant dit, j’ai reçu ce matin un courriel de bienvenue de la part de mon association étudiante, un envoi assez long. La première moitié était le message en anglais, la seconde reprenait le même message mais en français. Le message en anglais débutait par bonjour hi et le message en français débutait par… bonjour hi.

Bonjouraille

Je suis très froid face à ce phénomène commercial du bonjouraille. J’estime qu’au Québec, par principe, on devrait accueillir la clientèle en français et non en bilingue. Bien entendu, je ne m’attends pas à ce que McGill s’adresse en français d’abord à ses étudiants, même si jamais il ne me viendrait l’idée de m’en plaindre si cela devait arriver. Je m’attends à des communications dans les deux langues, avec une partie française impeccable grammaticalement et syntaxiquement. Mais ce matin, dans cet envoi de mon association étudiante, ça n’était pas à McGill que je me sentais, mais dans le bayou de la novlangue franglaise, quelque part en Louisiane du Nord.

Bonjouraille n’est pas un mot. Bonjouraille, c’est l’assimilation langagière sous couvert de la mode, camouflée, autrement dit, par la célébration d’une « pseudo-ouverture » tendance. Lorsque je parle de « walmartisation » des cultures sous l’hégémonie libérale-libertaire, c’est précisément de cela que je parle.

Je parle du moment où, subrepticement, pour célébrer la diversité canadienne et se montrer ouvert et correctement bilingues, on dira Bonjour/Hi dans les magasins au lieu de dire simplement « bonjour » et de transférer en anglais en cas de nécessité. Puis du moment suivant où on débattra de cette curieuse tendance en s’interrogeant s’il y a lieu de s’inquiéter pour l’usage de notre langue, comme Isabelle Maréchal l’a fait en compagnie de Tania Longpré il y a quelques semaines à l’antenne du 98,5 FM. À ce moment-là, il y aura les deux camps qui se dessineront, celui des cools qui vivent leur époque sans complexe, et celui des esprits chagrins rigides, des french nazis et des oiseaux de malheur qui mettront en garde contre cette nouvelle tendance populaire dans le commerce.

Jusque là, pas de surprise.

Puis arrivera cette rentrée scolaire 2016 à McGill, et ce courriel où le message anglais ET le message français commenceront non pas par une salutation dans leur langue respective, mais bien tous deux par bonjour hi. Comme ça, tout simplement. Un petit rien, un petit clin d’oeil à la modernité, sans doute, mais un petit rien avec d’énormes implications. La manie commerciale a fait son chemin, et la tolérance libérale-libertaire anglo-protestante chemine hors du commerce et dans l’imaginaire collectif. Un individu à la mode trouvera pittoresque le bonjouraille montréalais qu’on lui sert dans son magasin de jeans favori, et il décidera d’en faire un mot, le mot signature de la culture québécoise métropolitaine : bonjouraille. On l’écrira Dieu sait comment, mais une chose est sûre, la tendance fera son chemin et on cessera d’utiliser l’italique en l’utilisant.

Ça sera le premier mot de notre Chiac et le début de notre lente déconnection avec l’héritage civilisationnel francophone, au profit de notre consentement à la minorisation et à notre nouveau statut, non plus en tant que nation, mais en tant que pittoresque accident culturel.