LiséeNous avons eu droit cette semaine à une spectaculaire mise en boîte du journaliste/commentateur de Radio-Canada Michel C. Auger par le candidat à la chefferie Jean-François Lisée. Ce dernier s’est vu convoqué en entrevue par Auger, entrevue qui a pris, dès la première question, l’aspect d’une tentative de procès qui évoquait grandement, d’ailleurs, la surréaliste entrevue menée par Anne-Marie Dussault avec la pestiférée ce printemps à l’émission 24/60. L’animatrice de RDI avait eu l’air, grâce à l’attitude complètement décomplexée et calme de l’infréquentable, d’une amateure sans potentiel. C’est cette exacte dynamique qu’a réussi à recréer Jean-François Lisée avec Michel C. Auger cette semaine. Qu’en penser?

Très simplement : pensons-en qu’il s’agit possiblement de la seule stratégie médiatiquement gagnante pour affronter les chantres de l’hégémonie idéologique libérale/mondialisante occupant actuellement à peu près tous les pouvoirs au Québec et arborant tous, mentionnons-le au passage, divers étendards politiques, entretenant ainsi l’illusion qu’ils ne sont pas tous membres de sous-sectes logeant en fait à la même enseigne idéologique.

J’ai dit quelques fois sur ce blogue que je n’étais pas de ceux qui analysaient la défaite du PQ de 2014 comme uniquement due au contraste entre le poing levé de PKP pour la souveraineté et la non-préparation du PQ par rapport à la réalisation de son Article 1. J’estime en effet aussi que cette défaite est en partie due au dossier de la Charte des Valeurs. Je pense non pas que cette Charte était vile et a été rejetée par les Québécois parce qu’ils ne voulaient pas d’une politique de division basée sur l’exclusion, comme tentent de nous le faire croire QS, le PLQ, le PLC et, nouvellement, le collectif Faut qu’on se parle, mais bien parce que les Québécois qui l’appuyaient largement se sont vus systématiquement culpabilisés de penser ainsi par la caste médiatico-intellectuelle métropolitaine et n’ont pas vu en Bernard Drainville quelqu’un capable de faire autre chose que de se défendre face aux attaques continuelles. Il aurait fallu, crois-je, que Drainville soit beaucoup plus décomplexé, clair, calme et offensif face au procès qu’on a tenté de lui faire subir.

Comprenons-nous bien. Les positions identitaires des Québécois s’inscrivent en général complètement en faux de l’esprit du temps, puisque ces dernières prennent largement racine dans la morale catholique qui a marqué le Québec depuis plusieurs siècles, alors que l’idéologie dominante adoptée par l’élite en Occident consiste en un libéralisme d’inspiration anglo-protestante. Le clash est inévitable.

Or, la classe politique qui défend la spécificité Québécoise et qui s’oppose à sa dilution dans un mondialisme walmartisant, c’est-à-dire les nationalistes, doivent absolument être en mesure de porter ces positions identitaires catholico-républicaines sans se laisser culpabiliser ou attaquer par les prêtres de la religion idéologique de l’heure. Ils doivent se poser comme les joueurs forts dans la discussion. Ils doivent cesser de se justifier et de s’excuser de porter le projet qu’ils portent et ne pas avoir peur de souligner la malhonnêteté intellectuelle dont font preuve certains commentateurs et acteurs politiques, et les biais gros comme le bras de ceux qui dirigent la conversation médiatique nationale.

Lisée a, dirait-on, appris cela de la prestation de celle dont on ne doit pas prononcer le nom à Radio-Canada. Souhaitons qu’il ne fut pas le seul à prendre des notes quant à l’attitude à adopter face à ceux qui veulent non pas nous faire participer à la discussion démocratique mais nous diaboliser. Les souverainistes en auront besoin.

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