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On ne connaît pas encore l’identité du prochain chef du Parti Québécois que Philippe Couillard y est déjà allé d’un sage commentaire. D’aucuns auraient dû l’anticiper au sein des diverses équipes stratégiques entourant les candidats : la prochaine élection portera sur la séparation et le référendum, quelle que soit l’identité du chef élu à la tête du PQ.

Cet état de fait était, pour l’ensemble du parti, à considérer dès le départ de la course et, que je sache, seule l’équipe de Martine Ouellet a eu la vivacité de le mentionner lors des diverses interventions de cette dernière. Personne n’a toutefois sérieusement semblé en prendre acte : même si on promet de ne pas réaliser la souveraineté lors du prochain mandat, l’élection sera quand même sur ce thème.

Voyons cela comme un jeu de tir au poignet entre le PLQ et le PQ. Le muscle du PLQ, c’est le statu quo constitutionnel. Le muscle du PQ, c’est son projet d’indépendance. C’est sur cet axe que l’on se bat lorsque les deux partis de majeure importance s’affrontent. Si Jean-François Lisée est possiblement celui qu’on voit le mieux chef, sa candidature comporte ce vice majeur : il accepte de se soumettre au bras de fer PLQuiste et lui concède la victoire idéologique pour 2018. Mais la partie n’est pas finie, selon Lisée. Selon lui, se soumettre pour 2018 permettra d’ouvrir le débat sur un autre terrain, celui du bon gouvernement, où nous battrons les libéraux. Il permettra d’utiliser un autre muscle.

Le problème de ce raisonnement est le suivant : ça n’est pas parce qu’on invite notre adversaire à se soumettre à une lutte sur un autre axe qu’il nous suivra. Le PLQ ne changera pas de muscle, lui. Il continuera à utiliser celui de son opposition à la souveraineté, et ne quittera pas l’axe qui, historiquement, définit le débat entre les deux partis. Il ne le quittera pas tant que nous ne nous serons pas totalement, totalement soumis, sans possibilité réelle de retour en arrière.

L’élection de 2018 parlera de souveraineté, même avec Lisée comme chef. Notre seul espoir : que la population nous croit sincères. À voir, cependant, la façon dont on nous a cru en 2014, permettez-moi d’avoir certaines craintes.

Quant à savoir si l’élection de Martine Ouellet serait plus avantageuse, cela n’est pas si clair. Du point de vue du bras de fer idéologique avec le PLQ, certainement. Du point de vue de l’adhésion de la population au projet, je l’ignore. La méthode classique (référendum enclencheur) s’est prouvée inefficace à deux reprises, et bien que l’appui à la souveraineté ne soit ni élevé, ni bas, l’opposition à la tenue d’un référendum est très élevée. Le projet de Ouellet était clair comme de l’eau de roche et ne plaçait pas le parti dans une position de soumission idéologique. Il n’avait toutefois pas, à mon sens, été pensé assez hors des ornières habituelles pour laisser croire sérieusement aux Québécois que la victoire était possible. Je le dis maintenant que la course est terminée, a posteriori. Il aurait fallu être en mesure d’affronter le PLQ, en 2018, sur le terrain de la souveraineté avec une force, une puissance et une ferveur renouvelée, des propositions jamais vues, et la promesse de redonner aux Québécois la puissance politique qui leur glisse entre les doigts depuis maintenant trop longtemps.

Pour être plus spécifique, il fallait, à mon sens, repenser totalement notre approche quant à la méthode d’accession à la souveraineté et diminuer les risques d’échec en cas de déclenchement de la démarche. Il fallait aussi repenser totalement les bases sur lesquelles asseoir notre projet, et cesser de l’arrimer à un rêve progressiste et l’ancrer dans la nature politique et culturelle profonde du Québec, de l’État-nation que nous souhaitions créer.

Voilà ce dont j’aurais voulu que l’on parle depuis mai. On n’a parlé d’aucun de ces chantiers-là spécifiquement.

Suis-je déçu? Oui. Quand même. Je crois que nous sommes passés à côté d’une chance réelle de nous sortir du marécage. Maintenant, il nous reste à espérer que tout aille pour le mieux ce soir, lors du dévoilement, en 2018 et pour la suite des choses.

Alea jacta est.