enter image description hereTexte naïf diront certains. Texte déprimant diront d’autres. Peu me chaut. Voici ma prise de position suite à la victoire de Jean-François Lisée (JFL) vendredi.

Je l’ai dit quelques fois sur ce blogue, et quelques fois dans des interventions radiophoniques : il faut parfois savoir être plus indépendantiste que partisan. Cette phrase s’interprète de moult façons tout dépendant de la situation dans laquelle on cherche à l’appliquer. Or, la situation politique est devenue vendredi fort particulière pour les indépendantistes, le vaisseau mère de la cause s’étant doté d’un chef qui s’est engagé à NE PAS promouvoir ou tenter de réaliser son option d’ici 2022.

Sentiment doux-amer.

Doux parce que le Parti Québécois a semblé, avec JFL, avoir un sursaut de vigueur. Les membres ont parlé, les hautes instances ont été forcées d’écouter. Amer parce que le nouveau chef consacre la victoire de ceux qui croient que sauver les meuble est la seule chose que l’on puisse faire actuellement. Réalisme ou démission?

Réalisme, certainement, si l’on se limite à penser la réalisation du projet souverainiste dans les ornières tracées pour nous par le régime duquel on souhaite s’échapper. En effet, je vois peu d’issue pour le souverainisme classique, celui issu directement des années 70 emballé d’une épaisse couche de sucre pour essayer de ne froisser personne. Mais un peu démission aussi, démission devant un « cours de l’histoire » qu’on ne pourrait significativement pas influencer, même armé de la plus grande formation politique au Québec. Démissionner face au cours de l’histoire, c’est un peu abdiquer son destin à des forces qui nous échappent. C’est un peu l’équivalent historique de se soumettre à un régime qu’on souhaite rompre… mais bon, je dis ça, je ne dis rien.

Mais à partir d’ici, nous, les « indépendantistes avant tout », que fait-on? Déchire-t-on notre chemise en criant à un Lisée fédéraliste? Incitons-nous les nôtres à abandonner un PQ qui serait devenu ouvertement colonisé? Si oui, pour quel véhicule politique? QS et leur souverainisme soumis à la gauche? ON et leur stigmate de parti groupusculaire? Je vois dans ces divers chemin des solutions très peu fructueuses. Le déchirement n’est-il pas assez complet et handicapant comme cela?

Il me semble au contraire qu’il y ait pour nous, dans l’épisode Lisée, l’occasion de profiter d’un véhicule politique qui nous donnera le temps d’essayer de refonder totalement le projet de pays en son sein, tant dans les façons de parvenir à sa réalisation que dans les fondements idéologiques sur lesquels on l’assoira. Cette véritable refondation, nous n’avons pas encore eu l’occasion de la tenter. Nous n’avons eu, au Parti Québécois, que l’occasion de perpétuer la recette qui échoue, et ce chef après chef. La trêve temporaire quant à la souveraineté portée par JFL est peut-être paradoxalement une occasion inédite au sein du PQ de prendre le temps nécessaire pour rénover le projet et le sortir du marécage.

Est-ce naïf? Je ne crois pas. L’élection de JFL n’est pas de toute façon basée uniquement sur la mise en veilleuse du projet souverainiste. Plusieurs autres enjeux ont pu convaincre les membres du Parti Québécois de l’appuyer, notamment son attitude nouvelle quant aux questions de la laïcité et de l’identité et sa façon vigoureuse et gagnante de défendre le nationalisme. Souhaitons au passage qu’il reste fidèle à ses nouvelles positions nationalistes, puisqu’on l’a connu assez frileux à ce sujet par le passé. Quoiqu’il en soit, il me semble exagéré de prétendre que les péquistes ont parlé unanimement en faveur de la mise au rancard de la question nationale.

Dans tous les cas, il m’apparaît urgent revoir de fond en comble notre approche de la question nationale et je vois mal où il serait fructueux politiquement de mener ce combat ailleurs qu’au sein d’un Parti Québécois dont l’establishment vient d’être ébranlé. J’appelle donc les souverainistes qui, comme moi, sont exaspérés du PQ traditionnel et de l’indépendantisme soporifique, mollasson et velléitaire à venir oeuvrer massivement au sein du Parti Québécois. Nous avons le temps et la possibilité de nous organiser et de nous faire entendre dans un parti majeur. Je me ferai sans doute accuser d’être un partisan vendu, un velléitaire, un allié objectif de la démission nationale. Eh bien montrez-moi une solution politique plus sensée. Soyons sérieux. Le PQ ne mourra pas en 2018 malgré les élucubrations improbables de Sol Zanetti. Le saborder est une tâche irréaliste et vaine si rien de très concret ne s’en suit. ON ne l’anéantira pas. QS, au mieux, participera à sa lente érosion et au désinvestissement massif de la jeunesse quant à la question nationale. Dans ce cas-là, ne vaut-il pas mieux l’investir et tenter de le guérir de ses tares et de son esprit parfois très colonisé?