enter image description hereOn reproche souvent à ceux qui osent critiquer l’idéologie multiculturelle de donner dans l’hyperbole pour appuyer une argumentation qui serait, autrement, faible. À entendre les défenseurs de cette idéologie dominante et érigée en « religion politique », pour reprendre les termes de l’essayiste Mathieu Bock-Côté, le multiculturalisme s’inscrirait non seulement comme allant naturellement dans le sens de l’histoire, mais serait aussi porteur des vertus que sont la tolérance, l’amour de la diversité, la protection des minorités contre l’oppression des majorités et, ultimement, l’anti-racisme. L’examen d’une recommandation récente de deux conseillers de Justin Trudeau concernant l’immigration permet toutefois de douter de toutes ces vertus qu’on suppose à la doctrine que souhaite imposer sur son territoire l’État canadien.

On recommande en effet au Gouvernement canadien de viser l’atteinte, pour 2100, d’une population de 100 millions d’habitants. Pour y arriver, on prône la hausse des seuils d’immigration, souhaitant les faire passer d’environ 250 000 immigrants par année à plus de 450 000. Il s’agit presque d’une hausse de 100%. C’est sans aucun doute le délire immigrationniste le plus démentiel dont j’aie eu vent depuis longtemps. Au nom de la sacro-sainte prospérité économique, on voudra imposer aux provonces canadiennes, incluant le Québec dont on connaît la précarité culturelle, de dépasser largement leur capacité d’intégration de nouveaux arrivants.

Ce faisant, on force le jeu des provinces et on impose, par surcharge d’individus à accueillir, l’idéologie multiculturaliste. En effet, seul le fait de réduire comme peau de chagrin la substance du tronc commun que doivent intégrer les immigrants nouvellement débarqués permet de doubler la quantité d’individus qu’il faudra intégrer à la société. Cette réduction substantielle du devoir d’intégration des nouveaux arrivants est en effet au coeur du multicuturalisme. La nation s’estompe et devient une mosaïque de communautés interchangeables. Les repères culturels du peuple qui accueille s’estompent, la légitimité même de l’idée nationale disparaît lentement. On connaît la chanson.

On le sait, l’accueil annuel de 50 000 immigrants au Québec pose déjà problème. Montréal se ré-anglifie, et on nomme cela le respect de la diversité et l’ouverture sur le monde. Comment alors envisager sereinement pour quiconque possède un minimum de sensibilité à la préservation de l’exceptionnalité québécoise en Amérique une hausse qui ferait passer le nombre de nouveaux arrivants de 50 000 à 100 000, voire 110 000 par année?

Le Québec se verrait alors contraint à choisir entre une piètre assimilation des néo-québécois au tronc commun culturel qui constitue sa colonne vertébrale nationale et une baisse significative de son poids démographique dans la fédération canadienne.

Le multiculturalisme via l’immigrationnisme délirant : une ouverture sur le monde, un respect des minorités, un signe d’anti-racisme?

Entendons-nous. À voir l’efficacité redoutable avec laquelle l’idéologie trudeauesque instrumentalise les minorités à des fins politiques, économiques, idéologiques et même littéralement pour nuire à l’émancipation de sa plus importante « minorité » que constitue la nation québécoise, il commence à être urgent de cesser de nous émouvoir devant la sensibilité et l’humanisme de Justin et de voir le dessein politique se cachant derrière son masque séduisant.

En conclusion de ce bref billet, il semble aussi évident que les recommandations ne seront pas appliquées à la lettre. Cela permettra au gouvernement canadien de proposer une hausse importante mais moindre que celle suggérée et de passer pour la voix de la modération. Marketing bas de gamme, mais plusieurs n’y verront sans doute que du feu.