Péloquin
Si ce n’est déjà fait, il vous faut remédier à ce manque immédiatement et écouter la superbe entrevue accordée par Joseph Facal à Martineau aux Francs-Tireurs cette semaine. Il s’agit sans doute de mon moment médiatique marquant de la semaine et peut-être bien du mois tant cet entretien est sincère, profond et intelligent.

On savait déjà, à travers ses interventions médiatiques et son passé en politique active, que Facal était un de nos bons esprits politiques au Québec. Il se révèle à la hauteur des attentes dans cette entrevue où il brille encore davantage que dans ses -trop courtes- chroniques du Journal de Montréal. L’entrevue montre en filigrane l’amour inquiet de Facal pour ce Québec qui ne s’émancipe plus mais s’emploie plutôt à son propre étiolement. Facal formule un souhait, un espoir politique en finale de son entretient, et j’aimerais m’en servir pour le critiquer et montrer où, peut-être, même les meilleurs intellectuels et plus grands artisans de l’idée d’indépendance nationale échouent aujourd’hui à renouveler et faire renaître leur projet. Facal confesse en effet rêver d’une seconde Révolution Tranquille.

Une des erreurs que l’on fait souvent en politique consiste à lire le présent comme s’il s’agissait d’une situation ayant déjà eu lieu. Cette notion n’est pas étrangère au professeur de science politique qu’est Joseph Facal, j’interprète toutefois son souhait d’une seconde Révolution Tranquille comme le fait de tomber dans cet exact piège qui consiste à s’imaginer que ce qui a hier ouvert la porte au souverainisme pouvait encore l’ouvrir aujourd’hui si l’histoire se répétait. Or, l’histoire ne se répète pas.

J’ajouterais dans ce cas précis que « Dieu soit loué, l’histoire ne se répète pas », puisque la Révolution Tranquille a non pas mené à l’indépendance nationale, mais à l’échec le plus cuisant et politiquement meurtrier que notre peuple eusse pu subir, celui d’échouer de peu à se donner naissance et à se pérenniser politiquement.

Ça n’est donc pas à la révolution qu’il faut en appeler aujourd’hui, qu’elle soit tranquille ou non, mais à la réaction. Ça n’est pas au progrès révolutionnaire qu’on doit rêver, mais à la sauvegarde de cette exceptionnalité québécoise que nous avons tant bien que mal réussi à conserver depuis la Conquête et dont l’illusion nationalisante d’une Révolution Tranquille inachevée permet qu’on la laisse filer au diable vauvert en croyant que tout va très bien, madame la marquise.

Évitons de revivre le cauchemar du passé et comprenons qu’une « presque victoire » reste, ultimement, une terrible et douloureuse défaite.

La Révolution Tranquille était-elle mauvaise? Sans aller jusque là, reconnaissons qu’elle n’a pas mené à l’indépendance nationale et que, par conséquent, tout ce qui y fut fondé de précieux n’est aujourd’hui abrité d’aucun toit étatique. Que fait-on maintenant? Quels sont nos leviers? Je doute qu’ils soient où que ce soit sur un navire qui coule. L’histoire, ou en tout cas la première période historique ayant vu s’incarner politiquement le projet de pays du Québec, s’est jetée par la fenêtre le 30 octobre 1995. De grâce, pitié, ne nous y accrochons pas, ne coulons pas avec le navire.

Je répète mes questions. Que fait-on maintenant? Quels sont nos leviers? Nos leviers sont là où nous nous définissons collectivement, là où, donc, nous nous contrastons politiquement d’avec ce qui nous entoure, dans cet atavisme culturel que constitue notre résistance au progressisme libéral hégémonique dont, heureux hasard, le Canada se fait le haut-parleur le plus cacophonique de la planète actuellement. Il n’est pas dans la révolution, mais dans la réaction à cette mièvrerie de cirque qu’on tente de nous présenter comme étant « le sens naturel de l’histoire ».

Ça n’est pas d’une seconde Révolution Tranquille dont on doit rêver, mais d’abord de prendre collectivement conscience à la fois du poids et de la noblesse qu’implique de devenir souverains, puis ensuite de trouver la force et la volonté nécessaire pour y arriver.