enter image description here

Qu’on se le dise : la tension entre la gauche et la droite n’est plus l’ultime clivage politique en Occident aujourd’hui. Le Brexit l’avait laissé deviner l’été dernier et l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche semble confirmer la tendance qui s’observera dans nos sociétés à court et moyen terme. On parlera de mondialisme et de nationalisme. Cela choquera la gauche, cela choquera la droite, mais c’est l’arrogance des composantes libérales-libertaires de ces deux groupes qui aura forcé le jeu et qui aura amené les nationalistes (ou patriotes, ou souverainistes) à se rejoindre au-delà des différends habituels et à former une nouvelle force politique. Leurs opposants leur en voudront de troubler la quiétude qui était la leur, celle d’un groupe jusqu’alors hégémonique, et on a peu idée de l’ampleur du combat à mener pour renverser la vapeur en faveur de cette nouvelle force politique qu’on décriera sans cesse comme celle du « repli sur soi ».


Un débat que connaît bien le Québec

Le Québec était, à ce titre, à l’avant-garde du débat lorsque la lutte pour l’indépendance nationale battait son plein au cours des dernières décennies. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, à mon avis, mettre de côté cette question ou adopter une attitude velléitaire et molle quant au projet national québécois aujourd’hui relève d’une erreur dramatique de lecture du contexte politique en Occident. Si l’idéal de l’indépendance nationale du Québec est encore valable aujourd’hui, si on considère le projet comme une question existentielle fondamentale, l’heure n’est pas à la résignation, mais à la préparation active d’une offensive organisée et arrimée non plus à un progressisme poussiéreux, mais aux considérations de l’heure que sont la remise sur la carte de l’État-nation comme unité politique de base structurant la vie citoyenne locale aussi bien qu’internationale.

Trumpifier la politique Québécoise?

On le sait beaucoup trop bien, le nouveau symbole de l’opposition populaire au mondialisme libéral débridé est, paradoxalement, le multimilliardaire américain Donald Trump, celui-là même qui fait produire ses lignes de vêtements en Asie pour profiter de la main-d’oeuvre à bon marché et qui ne paie pas ses impôts. Drôle de symbole me direz-vous, fort peu profond politiquement, mais extrêmement tonitruant. Et je répondrai que c’est cette tonitruance excessive dont seuls sont capables les américains qui constitue le point focal du regard que l’on devrait collectivement porter sur cette élection. L’arrivée de Trump constitue le cri d’écoeurement d’une frange de la population américaine totalement laissée pour compte par des élites médiatiques antiracistes qui ne cessent, pourtant, de racialiser la conversation démocratique. Plusieurs ont comparé son élection à la victoire du Brexit le 23 juin dernier, rappelant la parenté des campagnes de ces deux chevaux de bataille politiques dans l’inélégance, pour le dire poliment.

Que faire face à cela, comme Québécois nationalistes et souverainistes? S’il faut s’arrimer à ce mouvement de fond de réveil des peuples anesthésiés, est-ce à dire que l’on doive trumpifier notre scène politique? On reprochera – on reproche déjà en fait – aux souverainistes plus convaincus et décomplexés qui se réjouissent de voir que les peuples utilisent encore le petit pouvoir que leur confère le processus démocratique pour exprimer politiquement leur malaise de faire l’apologie du racisme, de la xénophobie et maintenant du fascisme et du néo-nazisme ku-klux-klanesque. Comment se surprendre, alors, que le débat public prenne de plus en plus la forme d’une foire d’empoignes saupoudrée de « points Goldwin »? Les libéraux-libertaires mondialistes, dont je ne suis pas, devront trouver mieux pour affronter ceux qui désormais s’opposeront à eux.

Pour les autres, pour nous autres, si je puis dire, que reste-t-il à faire? D’abord, faisons nôtre cet héritage de Jacques Parizeau : n’ayons pas peur. N’ayons pas peur des étiquettes que l’Empire du Bien nous collera dessus. Face à elles, deux choix s’offriront à nous. Le premier : faire de notre existence un éternel combat défensif contre ces dernières. Cela s’appelle accepter de se faire neutraliser et douter bêtement de nos propres intentions. Le second : les faire nôtres, dépendamment de la nature de l’étiquette, en en riant comme des diables ou en les embrassant comme un dévot recevrait un stigmate. Cela s’appelle du courage et de la force.

J’en appelle évidemment au second choix.

Ensuite, il faudra trouver un moyen de nous rassembler politiquement. On aurait cru pouvoir compter sur le Parti Québécois pour cela, mais la course au leadership aura à ce titre déçu, puisque loin de recentrer et de réengager le combat, le porte-étendard de l’indépendance nationale a préféré perpétuer son humiliation en adoptant la position doublement misérable que constitue la mise en jachère de son projet fondateur, attisant l’exaspération des indépendantistes résolus, et l’adoption d’un discours pseudo-progressiste libéral, attisant le mépris à la fois des nationalistes de droite et des gauchistes hors-PQ s’imaginant détenir le monopole du sens souhaitable de l’histoire.

La création d’une nouvelle entité partisane au Québec relève toutefois, aujourd’hui, d’un suicide politique qui ne dit pas son nom. C’est de renouer avec la puissance dont le peuple du Québec a besoin, surtout pas de se diluer davantage dans une fragmentation partisane mortifère. Il faut prendre acte du fait que sans une improbable réforme du mode de scrutin, le système électoral Québécois est efficace dans une situation de bi-partisme et de dualité idéologique. L’impuissance actuelle est en partie liée à une offre politique trop fragmentée pour ce que le système permet d’exprimer.

Or, notre combat n’est pas celui de réformer le mode de scrutin, aussi noble que cela puisse être. Notre combat est celui de la nation québécoise, d’une nation qu’on veut unie et forte et non pas engluée. De cet objectif il ne faut pas dévier. Il faut nous rassembler, nous qui croyons que le combat pour la nation est plus que jamais primordial en ces temps décadents et marécageux, et organiser notre force pour assoir notre influence dans un véhicule partisan qui, ultimement, à mesure qu’on se l’appropriera, deviendra conséquent avec nos objectifs politiques.

Mais revenons à la question à savoir si l’on doit trumpifier notre univers politique. Loin s’en faut, à mon avis. Si le populisme réveille les peuples endormis, il peut et doit s’endimancher si l’on souhaite que les nouvelles institutions qui émergeraient dans le cadre d’un Québec pays soient porteuses de noblesse, de courage et d’inspiration. Envoyer un multi-milliardaire qui déclare « grab them by the pussy » à la Maison Blanche équivaut à considérablement déshonorer le titre de Commander in Chief. C’est précisément là que nous devons, Québécois, nous élever au dessus du vulgaire trumpisme. L’honneur, la noblesse, la grandeur qui marquera la fondation de nos institutions nationales, qu’on voudra pérennes et porteuses de notre mythologie collective, sont les ingrédients vitaux qui manqueraient si nous devions nous abandonner à l’avènement d’une politique populiste cheapo-bling-bling inconséquente quant à l’accord entre la forme et le fond à la Donald Trump.

À nous d’innover et surtout de ne pas nous laisser convaincre de notre culpabilité et de notre vacuité par les adversaires objectifs qui se révèleront à nous à mesure que notre voix se fera plus puissante.