Boston Globe, tous droits réservés Comme tout le monde, je porte depuis quelques temps une attention particulière à l’actualité politique américaine. L’entrée en fonction du nouveau président Donald Trump fascine quiconque s’intéresse à la politique et à la manière dont les affaires sont conduites dans la drôle d’époque qu’est la nôtre. Il y a de quoi! Cela ne fait pas même 7 jours que le nouveau président est entré à la Maison Blanche que déjà, les États-Unis d’Amérique se sont retirés du Partenariat Trans-Pacifique et ont lancé le projet de mur le long de leur frontière avec le Mexique. Un autre aspect intéressant de cette nouvelle ère américaine consiste en l’observation des innombrables mouvements de protestation anti-Trump qui se manifestent d’un bord à l’autre du pays – mais surtout dans les grandes villes.

À cet égard, je suis tombé aujourd’hui dans ma revue de presse sur cet article du Figaro au sujet d’une initiative anti-Trump pseudo-artistique du newyorkais Shia LaBeouf. Ce Don Quichotte de l’indignation a peint sur un grand mur blanc un slogan et braqué sur ce dernier une caméra qui diffusera en continue, sur le web, les images de quiconque ira se braquer devant elle pour s’approprier le slogan en question. Quel est ce slogan que sont invités à dire les passants? He will not divide us. Il ne nous divisera pas. On le devine, He, c’est le grand vilain par excellence désigné par les idéologues du clan libéral-progressiste, c’est le Commander in Chief Donald J. Trump.

Le slogan est habile. Après le United we Stand du 9/11, le slogan anti-division frappe fort. Superbe marketing : un alliage chic/trash bien étudié, l’intégration d’internet, l’accès universel à l’avant-scène… Philippe Muray se marrerait fort. On a ici affaire au nec-plus-ultra du festivisme indigné dans lequel excelle le libéral-progressisme. Mais qu’est-ce qui se cache derrière ce slogan? Je dis que ce qui s’y cache est, en réalité, ce vaccum idéologico-politique que crée si habilement autour de lui cette idéologie hégémonique, c’est ce dédain du politique derrière lequel se drape le libéral-progressisme. Attardons-nous au slogan, donc…

He will not divide us. Ah bon? Vivions-nous dans un consensus politique monolithique avant l’avènement de Trump? Étions-nous tous unanimement rangés derrière un quelconque bon sens?

Bien évidemment que non. Il y avait diversité de visions. Mais le libéral-progressisme, lorsqu’il sent que ses utopies ne prennent pas racine chez les citoyens, dans ce cas-ci le sans-frontiérisme festif, ne cherche pas tant à reprendre le dessus de la joute des idées qu’à se draper de la vertu de celui qui se refuse à la saleté essentiellement conflictuelle qu’est le politique (lire à ce sujet Carl Schmitt, La notion de politique et Julien Freund L’essence du politique) et à exclure de la discussion ses opposants.

Il est bien entendu légitime, dans un pays libre et démocratique, de s’exprimer publiquement contre le pouvoir en place. Là n’est pas le problème. Le problème est, à mes yeux, cette hypocrisie ultime qui consiste à prétendre être la voix de l’union, de la paix et de la fraternité alors qu’en fait, on travaille jour après jour à élargir le gouffre entre les métropolitains et les ruraux, entre les éclairés auto-proclamés et les citoyens « ordinaires », en accusant ces derniers de plonger le pays dans le chaos par leur choix politique.

Derrière l’impolitique se cache souvent la plus hypocrite des politiques. Cela, il ne faut jamais le perdre de vue.