Tous droits réservés, La Grosse Presse, 2017

L’ineffable quotidien La Presse nous racontait, dans son édition d’aujourd’hui, l’histoire de Gloria (nom fictif), une « immigrante latino-américaine sans-papiers ». Gloria habite depuis 7 ans à Montréal et a pris la vilaine habitude de traverser à pieds sur les feux rouges, comme beaucoup d’entre nous lorsqu’il n’y a pas de voitures. Pas de veine : un policier se trouvait non loin.

Sans-papiers?

Il faut savoir, avant de s’offusquer, qu’il arrive parfois aux forces policières de la métropole d’organiser des campagnes de sensibilisation aux règles de la sécurité routière à l’intention des piétons et des cyclistes, qui d’ailleurs toujours se plaignent de la supposée injustice de recevoir des contraventions lorsqu’ils violent le code de la route sous l’oeil des policiers. C’est donc arrivé à Gloria. Seul problème : elle est sans-papiers, un euphémisme signifiant qu’elle se trouve illégalement sur le territoire du pays. S’identifier à un policier qui le lui demande devient donc un défi insurmontable. Elle est démasquée.

Elle se fait donc arrêter, détenir temporairement et fouiller par les forces de l’ordre. Gloria a peur et ne fait plus confiance à la police.

On comprend la vie difficile et stressante d’un ressortissant étranger habitant illégalement un territoire. Le risque d’être attrapé et retourné dans son pays d’origine n’est-il pas la contrepartie naturelle de la violation des frontières nationales et des lois sur l’immigration du pays d’accueil? Continuons.

Montréal « ville sanctuaire »?

Le cas de Gloria, sans surprise, a été instrumentalisé par un groupe de pression ultra-mondialiste, Solidarity Across Borders, qui a organisé ce matin une conférence de presse en collaboration avec plusieurs groupes communautaires pour dénoncer ce qui, à leurs yeux, apparaissait comme une nouvelle ignominie : Montréal se votant un statut de « ville sanctuaire ».

« No more deportations, health care for all, ouvrez les frontières! » lisait-on sur les affiches qui tapissaient la table de conférence à laquelle étaient assis les militants hyperlibéraux postnationaux, l’un d’eux étant même masqué.

Qu’est-ce qu’une ville sanctuaire, chers amis? Pourquoi les groupes communautaires sentent-ils le besoin de le dénoncer le poing en l’air, en rêvant de revolución? S’agit-il d’une nouvelle menace de l’atrocement dangereuse extrême-droite nationaliste québécoise? Eh non! Il s’agit, tenez-vous bien, de la nouveauté trouvée par Denis Coderre pour narguer Donald Trump sur Twitter à grand coup d’ouverture sur le monde. « Je ne veux pas bâtir des murs, mais des ponts » déclare-t-il même, paraphrasant le mondialiste-libéral Pape François.

Une ville sanctuaire est un endroit qui se veut « offrir une protection aux sans-papiers (immigrants illégaux), sans risque de déportation », nous apprend le Journal Métro. On estime à environ 50 000 le nombre d’immigrants illégaux actuellement à Montréal. Ce titre de « ville sanctuaire », apothéose de l’ouverture au monde et du libéral-progressisme mondialiste débridé tout droit sortie de la tête des élites de la côte ouest américaine des années 1970, suscite donc l’ire des militants montréalais. Pourquoi?

Parce que ce n’est que du vent. Parce qu’aucun organisme supranational non-élu ne règlemente l’accès à ce statut, et que donc les villes qui se l’arrogent restent libres de leurs actes envers les immigrants illégaux. Il s’agit, autrement dit, non pas d’un statut juridique, mais d’un engagement moral de l’administration municipale à ne plus déporter d’illégaux. Montréal devient donc, au Québec, un refuge où les « étrangers en situation irrégulière » peuvent habiter et vivre sans craindre qu’on leur reproche et les sanctionne de violer les lois sur l’immigration et, ce faisant, les frontières nationales du pays où ils se trouvent.

Que veulent donc les Solidarity Across Borders? On l’imagine bien, ultimement : la fin de toute régulation des flux migratoires sur la planète (« open the borders« ). Comme objectif intermédiaire, on comprend aussi aisément leur stratégie. D’abord faire pression sur les grandes démocraties libérales pour que chaque pays, puis chaque province ou état compte en son territoire au moins une ville où est forcément suspendue l’application des sanctions en cas de non-respect des lois sur l’immigration, et où on sanctionnerait toute velléité de ces villes d’utiliser toute forme de pouvoir pour les faire respecter (« no more deportations« ). Ensuite, il s’agit, une fois cela fait, d’offrir aux immigrants illégaux habitant ces villes les mêmes services sociaux gratuits (« health care for all« ) qu’aux citoyens et nouveaux arrivants dont la situation légale est régularisée.

Essentiellement, donc, il s’agit, sur ces territoires, de faire disparaître la citoyenneté et les privilèges qui viennent avec elle. On comprend l’agenda militant anti-discriminatoire : admettre l’existence d’une citoyenneté nécessite de discriminer entre citoyens et non citoyens. Au diable les natifs, au diable ceux qui se donnent la peine de régulariser leur situation. Ensuite, on imagine qu’un autre objectif de nos amis sans-frontiéristes sera d’obtenir d’une grande instance supranationale non-élue, telle que les Nations Unies, qu’elle chapeaute et légifère sur la création d’un statut officiel de « ville sanctuaire », et d’imposer à ceux qui se l’arrogeront de respecter certaines exigences libérales-libertaires au nom de l’amour de l’autre et de la non-discrimination. Bref, un beau dossier pour Trudeau à l’ONU.

Ce qu’il faut comprendre

Ce qu’il faut comprendre de tout cela, bonnes gens, est fort simple. Réguler le flux de migrants sur un territoire pour respecter les capacités de la société d’accueil à les assimiler et faire respecter, en tant que nation souveraine, ces lois sur l’immigration n’est plus moralement acceptable aux yeux de la gauche libérale-libertaire militante, et les politiciens, même lorsqu’ils sont plus modérés que ces groupuscules utopistes, tendent désormais à se ranger de leur côté, car c’est là qu’il fait bon se retrouver pour plaire à l’élite médiatique et intellectuelle. Toute opposition sera rapidement pointée comme étant d’extrême-droite, et donc à exclure du débat public (il en ira de la sécurité nationale et du maintient de l’ordre moral).

L’Église catholique n’est guère mieux, édulcorée qu’elle est depuis le concile Vatican II, le Pape François ne cessant de multiplier les appels à abandonner toute restriction quant à l’accueil de gens dans le besoin par les pays riches (écouter à ce sujet ce passionnant débat).

Cette hégémonie effective de l’idéologie libérale-libertaire dérivée de la théologie protestante risque, à force de générer des politiques déconnectés des préoccupations et des valeurs de la société québécoise, de ne pas avoir la voie libre éternellement. Elle finira par rencontrer un mur, et l’impact avec celui-ci sera d’autant plus violent que l’arrogance des militants de cette idéologie et que la complaisance des politiciens à son égard aura été grande.