Lada Niva Defender, reWalls.com

Le sondage Léger de ce matin donne 14 sièges au Bloc et montre la descente du NPD au Québec, largement au profit du BQ.

Évidemment, comme souverainiste militant, je m’en réjouis. Personnellement, bien que j’appuyais le Bloc même devant l’horizon d’une défaite, j’étais terrifié dans mon for intérieur du désastre médiatique que représenterait une disparition du BQ le 19 octobre. J’étais découragé et choqué de voir tant de québécois parler du NPD comme du seul parti qui pouvait nous sauver du terrible Stephen Harper. Je suis de ceux qui souhaitent, pour le Canada, un changement de gouvernement. Le changement de cap canadien effectué par Harper et ses troupes est loin de me réjouir. L’abandon de Radio-Canada/CBC et le mépris éhonté des instituts scientifiques canadiens, la fermeture de bibliothèques scientifiques ne sont pas sans conséquences pour le Canada. J’entends les gens du PCC glousser d’autosatisfaction lorsqu’ils parlent de leurs succès financiers et économiques réalisés sans aucune coupure de services, ni augmentation de taxes et d’impôts. Mettons cela au clair immédiatement : rien n’est plus inexact. Les services publics qui affectent directement les citoyens sont très majoritairement de juridiction provinciale. Santé, éducation, routes, etc. Les services fédéraux sont beaucoup plus loin de la vie quotidienne des gens, et les changements majeurs que le gouvernement Harper y a effectué sont beaucoup moins évidents, ce qui ne veut pas dire qu’ils sont inexistants. Parlez-en aux scientifiques de Pêches et Océans Canada, de Parcs Canada, du Service Hydrographique du Canada. Ces gens-là ne sont pas tous des “gauchistes du Plateau” au sens où l’entendent nos ridicules radios de Québec. Leur travail n’est même pas politique. Beaucoup ont carrément vu leur organisation fermer ou effectuer des mises à pied sans précédent. Enfin. Tout ça pour dire que je ne suis pas particulièrement sympathique à ce conservatisme de l’ouest canadien. Il ne me rejoint aucunement et il ne me semble pas servir les intérêts les plus élevés du Canada.

Mais oui, donc, j’étais découragé d’entendre ce discours du fameux vote stratégique. Cet argument fallacieux qui amalgame un vote à n’importe quel autre parti qu’au NPD à un vote pour Harper. Les principaux pointés du doigt étaient évidemment les partisans du Bloc Québécois. N’avaient-ils rien compris? N’avaient-ils pas compris le message, que le Bloc était mort en 2011? N’avaient-ils pas compris que l’indépendance n’était pas un enjeu important au fédéral, mais que le seul objectif devrait être de bouter les Conservateurs dehors? Ces foutus bloquistes qui divisent le vote, qu’ils ont été détestés et honnis. Ces indépendantistes dogmatiques qui sont tellement aveuglés par leur rêve d’un autre temps qu’ils vont faire réélire Harper en votant pour leur parti moribond! Ah! Et horreur! Ils ont adopté une position qui se rapproche de celle des Conservateurs concernant le niqab! Ah, les racistes, les xénophobes, les islamophobes! Ah! Enfin, les effets pernicieux du nationalisme s’étalent au grand jour! Ça sent le Front National, ces souverainistes! Méfions-nous! Qu’ils sont vils et impurs! Ils profitent d’une “wedge issue” sortie par les Conservateurs pour se faire du capital politique en excitant l’intolérance latente des québécois!

On peut questionner le bon goût de la publicité du Bloc montrant une goutte d’huile se transformer en niqab, mais on ne peut pas reprocher à un parti politique en campagne électorale de vouloir aller chercher du capital politique. C’est là l’essence même d’une élection, que l’on aime ça ou pas. Aussi ne doit on pas confondre une position absolument légitime et justifiable concernant le vote et l’assermentation à visage couvert avec de l’islamophobie et de la xénophobie. Cet amalgame est de mauvaise foi et n’a aucune espèce de valeur rationnelle. Tout cela pour dire qu’à 18 jours du vote, le vent a tourné. Le dernier droit de la plus longue campagne électorale du Dominion s’entame. L’équipe du Bloc a pataugé dans la boue sans relâche, sans abandonner depuis plus de 2 mois. Dans la boue médiatique québécoise très majoritairement pro-NPD. Dans la boue des progressistes rigides qui hallucinent de l’intolérance partout et qui, de plus en plus, semblent moins préoccupés par le désir d’émancipation de leurs concitoyens que par la mise en avant de leur agenda politique où inclusion se confond avec auto-mortification et reniement de soi. Dans la boue des outrés qui sont aveugles aux manoeuvres électoralistes de tous les partis, mais qui dénoncent avec férocité celles du Bloc, dont ils exigent une pureté hélas incompatible avec le système électoral qu’est actuellement le nôtre. Dans la boue jusqu’au cou. Eh bien cette équipe de jeunes marins et de vieux loups de mer, ils nous donnent toute une leçon de politique aujourd’hui. Le vent a tourné, et ils sont là, debout. Et ici, au Québec, on commence à se rendre compte que ces gens-là, ils ne nous abandonneront pas, et ne nous laisseront pas tomber. Et la boue s’en va. 14 députés élus sont prévus ce matin. La vapeur est renversée. On peut s’attendre à de nouveaux gains d’ici le 19 octobre.

J’entends déjà les hululements sinistres des progressistes rigides qui feront porter l’odieux de tout gain conservateur à leurs concitoyens québécois. Je vois déjà poindre au loin les plus dégoûtantes publications Facebook parlant de l’ignorance des québécois, les montrant misérables devant Le Banquier et La Voix. Se lançant dans de sombres élucubrations en tentant de comprendre pourquoi la populace vote contre ses intérêts. “Ce doit être leur manque d’éducation” se diront-ils. S’ils comprenaient, ils auraient voté NPD. Je lis déjà certains qui déclareront que tous ne devraient pas avoir le droit de vote. Laisser des niaiseux voter, en effet, quelle folie! Puis je me demanderai vraiment quel genre de gauche se permet de considérer le peuple dont elle prétend défendre les intérêts avec autant de mépris.

On a pas fini de patauger dans la boue pour faire l’indépendance de notre peuple. Mais on a enfin compris que c’est en s’ouvrant aux citoyens et à leurs préoccupations que nous réussirons à nous sortir du marais du statu quo. En parcourant sans relâche les chemins raboteux de notre beau pays en devenir.