Copyright The Gazette Nous n’avons pas fini d’entendre parler de lui. Gabriel Nadeau-Dubois, maintenant officiellement candidat dans Gouin, comté qu’a décidé de lui laisser le Parti Québécois en n’y présentant aucun candidat, fait déjà les manchettes grâce à une première énormité sortie de sa bouche. Pendant que Véronique Hivon lui crie, enthousiaste, un grand « Bienvenue! » pathétiquement jovialiste, le possible futur porte-parole de Québec Solidaire, en plus de fermer la porte à la convergence à laquelle rêve Jean-François Lisée, s’évertue à affirmer que les politiciens des 30 dernières années ont « trahi le Québec ». Qui donc est ici le traître?

Si Gabriel Nadeau-Dubois nous invite à chercher des traîtres à la nation, peut-être devrait-il chercher du côté du progressisme maintenant vendu au mondialisme, à l’ultra-libéralisme et de la gauche boudeuse qui refuse tout compromis politique au nom de la pureté idéologique. C’est cette maladie progressiste qui gangrène actuellement le Québec, qui l’empêche de grandir et de continuer le mouvement d’émancipation qui avait succédé à la survivance – salvatrice survivance, rappelons-le – débutée après la pendaison des patriotes.

S’il faut chercher les traîtres à la nation, pourquoi ne pas aussi regarder du côté des souverainistes restés en 1970, inconséquents, qui donnent préséance, dans la construction de leurs idées politiques, aux évolutions de la gauche mentionnée précédemment plutôt que de garder l’oeil bien droit sur l’objectif pour lequel ils prétendent se battre, c’est-à-dire de faire du Québec un pays souverain? Faut-il leur rappeler ce qu’est la souveraineté ; « la puissance absolue et perpétuelle d’une république » (Jean Bodin)? Faut-il leur rappeler la nature de leur projet ; se séparer du pays dont la marque de commerce est « l’ouverture à l’autre » pour fonder un État-nation avec ses frontières, sa citoyenneté, ses lois?

On peut certainement reprocher au Parti Québécois d’avoir échoué, après 40 ans, à réaliser son projet fondateur. Christian Saint-Germain le fait, je le fais aussi, et plusieurs d’entre nous le font. Il s’agit de procéder à un examen objectif de l’état actuel des lieux : un champ de ruines duquel nulle souveraineté nationale québécoise n’émerge d’où que ce soit. Cet examen objectif de l’état actuel des lieux est nécessaire et appelle à chercher les causes de l’échec pour les prévenir advenant que l’horizon s’ouvre de nouveau. Il s’agit aussi d’être en mesure de lire la météo politique des temps que nous vivons et de chercher à voir non pas si le projet que l’on avait jadis comme raison d’être a encore sa valeur, mais à nous demander si son arrimage au progressisme est encore une bonne idée.

Car le gauchisme n’était pas notre raison d’être. C’est la souveraineté qui l’était, du moins prétendait-on. Elle devait transcender les simples questions de gauche et de droite, elle devait être « droit devant » disait Bernard Landry, celui-là même qui propose que le Parti Québécois ne la fasse non pas en 2022, mais en 2026, battant de ce fait Jean-François Lisée dans la mollesse. Non, la souveraineté du Québec était et est encore une question existentielle dont la pertinence se situe au-delà des modes idéologiques du temps.

On s’est servis de la mode progressiste, amoureuse de décolonisation, pour tenter un premier élan entre 1970 et 1995. Cela avait du sens et aurait été heureux si l’on avait réussi à atteindre notre but, ce qui ne fut pas le cas. Aujourd’hui, la gauche ne porte plus la nation, elle la méprise.

C’est elle la traîtresse, pas les politiciens des 40 dernières années. Eux ont fait ce qu’ils ont pu. Eux ont donné des années, parfois des décennies de leur vie pour le Québec. S’ils se sont trompés et n’ont pas réussi à faire du Québec un pays, ils ont au moins fait autre chose que de se lamenter et ont essayé quelque chose.

Et ça n’est pas en regardant notre passé avec dédain qu’on bâtira quoi que ce soit d’édifiant. Cracher sur tout ce qui a précédé les années 1960 ne nous a strictement rien donné, à part participer à notre affadissement collectif. Merci de ne pas ajouter une dose d’anesthésiant à notre fragile construction identitaire.

Ça n’est pas d’une dose de plus de dédain de nous-même dont nous avons besoin, mais plutôt d’une bonne dose de réalisme politique et de fierté historique et patrimoniale.