Le jour d’après

Liberté, Égalité, Fraternité

Vendredi 13 novembre 2015, de nombreuses déflagrations retentissent dans les Xe et XIe arrondissements de Paris. Un carnage s’ensuit. Le monde est sous le choc, les Français ont peur. Ce matin, ISIS – le groupe État Islamique, aussi appelé Daesh – revendique les attentats. Des tests d’ADN sont réalisés sur les dépouilles des terroristes, un passeport syrien est retrouvé, dit-on à France Info.

Nous sommes sous le choc. Bien entendu. Mais DE GRÂCE, gardons-nous de proférer des énormités.

D’une part, je commence à entendre des gens qui amalgament l’accueil de réfugiés et le terrorisme. D’autre part, j’en entends d’autres qui déclarent candidement que les réfugiés n’ont rien à voir là-dedans et qu’il faut ouvrir nos frontières plus encore qu’on ne le fait déjà. Aïe aïe aïe… Le débat part bien mal mes amis…

Je pense que d’un côté comme de l’autre, on se goure complètement et assez dangereusement. Je m’explique.

1) Amalgamer « les réfugiés » au terrorisme, c’est de très, très mal exposer un problème beaucoup plus complexe. C’est une réaction de peur. Cette peur n’est pas illégitime, mais en AUCUN CAS on ne devrait la laisser décider de nos politiques. Les dérapages sont dangereux si on fait cela, car on perd tout humanisme et toute nuance dans notre gestion de la problématique des demandeurs d’asile. On ne peut pas vider d’humanisme nos politiques d’accueil d’immigrants et de réfugiés politiques.

2) Déclarer qu’un flux important de réfugiés tel que celui qui s’en vient ne pose aucun problème, qu’on doive ouvrir nos frontières sans plus de question à des quantités impressionnantes de gens parce que « regardez l’horreur qu’ils fuient », c’est aussi de très, très mal saisir la complexité d’une situation où plusieurs variables s’entremêlent. C’est une réaction exagérément candide. Cette candeur est émouvante, mais en AUCUN CAS on ne devrait la laisser décider de nos politiques.

On a eu affaire, dans les dernières heures, à un carnage sans nom sur le sol français fait au nom d’un Islam politique, par des kamikazes qui hurlaient « Allahou akbar », fièrement revendiqué par l’État Islamique. Je veux bien croire qu’on craigne comme la peste d’être désignés comme des « xénophobes » et des « islamophobes », mais il y a là une réalité qu’on ne peut nier. L’Islam politique pose un grand problème. Les musulmans ne sont pas tous des soldats de l’Islam politique. Attention de ne pas faire cet amalgame outrancier. Mais l’Islam, dans le monde, dans son incarnation plus radicale, pose un grand problème. Parce que l’Islam radical permet une lecture judiciaire et politique des textes coraniques, et que les lois et les politiques qui découlent de ces lectures sont en effroyable opposition avec nos valeurs civiques occidentales. Il va falloir, un jour, cesser d’être candides et constater avec réalisme cet état de fait. Et accepter que de le dire, ce n’est pas d’être islamophobe : c’est de prendre la mesure d’un problème qui prend lentement mais sûrement de l’ampleur et qui marque de plus en plus les esprits.

La possibilité qu’un groupe tel que l’État Islamique profite de l’exil massif de citoyens des pays où ils font régner la terreur pour entrer en occident est-elle farfelue? Doit-on dédaigneusement la rejeter du revers de la main? Je ne vois pas comment on peut raisonnablement se le permettre. De la même façon, est-ce qu’on peut se demander si nous sommes vraiment prêts à recevoir 25 000 réfugiés au Canada en 1 mois? Le Premier Ministre Trudeau parle d’un « beau défi ». Mais recevoir des familles qui seront potentiellement laissées à elles-mêmes, des jeunes qui auront d’énormes difficultés à s’intégrer parce qu’ici, au Canada, on préfère le communautarisme à l’intégration, n’est-ce pas la recette pour favoriser la naissance d’un ressentiment volcanique envers l’Occident et ses promesses de liberté et de prospérité? ISIS, s’il ne s’infiltre pas directement, s’infiltre dramatiquement rapidement dans les esprits. Est-ce qu’on peut se poser ces question et soulever ces problèmes sans être accusés de « faire le jeu du Front National »?

Si la réponse est non, eh bien je suis très inquiet pour la suite des choses et j’oserais presque dire que si cette pensée se répand, Daesh a gagné un premier combat contre l’Occident en profitant de l’illusion bien-pensante pour ouvrir une brèche dans nos sociétés.

Si la réponse est oui, je suis rassuré pour le moment, mais je redoute le glissement vers une fermeture hermétique des frontières et le dérapage vers un délire sécuritaire qui me terrifie autant que le scénario évoqué plus haut. Cela voudrait dire que Daesh a gagné aussi, mais en misant sur notre méfiance pour faire reculer de plusieurs décennies l’ordre mondial.

Ce matin, j’en appelle donc à la modération.