Costa Concordia

Si au moins nous savions faire preuve d’héroïsme dans notre naufrage, braver la tempête et disparaître en mer avalés par les flots et des monstres marins, mais non! Nous gîtons péniblement sur un haut fond à quelques mètres de la grève. Qu’il est pénible d’être souverainiste au Québec en 2017. L’effondrement semble ne jamais avoir de fin, et la régression nationale va bon train. Le Parti Québécois glisse lentement vers la troisième position dans les sondages quant aux intentions de vote, l’hydre Québec Solidaire fait un gros coup de marketing en élisant GND comme une de ses deux têtes et ses membres rejettent toute alliance avec l’ectoplasmique PQ qui, pas plus tard que cette semaine, déclarait par la bouche de son député Pascal Bérubé qu’une victoire était impossible sans alliance avec la gauche-Bixi. Aïe aïe aïe!

Que faire, mes amis, que faire? Où aller? À quel véhicule politique prêter allégeance alors que l’horizon semble obstrué sur 360 degrés? La question devrait aujourd’hui se poser, aussi douloureuse que cela puisse être. Le Parti Québécois est notre véhicule privilégié depuis plus de 40 ans. Sur ses ponts nous avons mené nos plus grandes batailles, à sa barre nous avons vu défiler les deux plus grands capitaines, Lévesque et Parizeau. Aujourd’hui, le navire est en perdition. Incapable de saisir au bond la balle du populisme patriote, incapable de lire le contexte politique occidental et de s’y positionner de manière à faire croître l’adhésion populaire à son projet fondateur mais se réclamant toujours de lui malgré qu’il le considère clairement comme un boulet, l’heure est à se demander si le Parti Québécois n’est pas en train de faire naufrage en entraînant avec lui l’idée d’indépendance.

Je me suis plongé récemment dans la lecture des mémoires de Lionel Groulx. Le Chanoine y déplore allègrement l’esprit de parti qui, à ses yeux, pourrit la politique canadienne française. En se laissant aveugler par la partisannerie, les canadiens français du temps de sa jeunesse sont incapables de voir à la défense de leurs intérêts nationaux. Cette critique me semble aujourd’hui d’une extrême actualité. À voir Québec Solidaire se camper dans la position vertueuse de la pureté progressiste, le retour à la remarque groulxiste sur la partisannerie semble évident.

Mais on peut aussi lire autrement la chose. Notre attachement partisan au Parti Québécois peut-il se transformer en tare nuisible pour notre progrès national? Le Parti Québécois a le monopole du souverainisme de coalition, où se rencontrent les progressistes et les patriotes conservateurs pour faire avancer la nation. Québec Solidaire et Option Nationale, eux, ne peuvent prétendre à rassembler ainsi les forces, compte-tenu de leur orthodoxie gauchiste. C’est donc sur le navire du PQ que flotte le pavillon de la grande cause. Si le navire coule, il entraîne avec lui son pavillon. Que reste-t-il alors? Je repose donc la question : notre attachement partisan au Parti Québécois peut-il se transformer en tare nuisible pour notre progrès national? Cela, mes amis, n’est pas exclu et à voir la direction molle et confuse prise par lui depuis quelques années, la réponse que je redoute me semble s’imposer de plus en plus : il vaut peut-être mieux déserter le navire péquiste en apportant avec nous l’étendard de l’indépendance nationale que de rester sur un navire qui fait naufrage et s’imaginer que tout ira bien.

Oui, je redoute cette réponse, parce qu’alors nous nous retrouvons sans véhicule politique pour défendre nos convictions à l’Assemblée Nationale. Cela me plonge dans un vertige difficilement supportable. Comment cela pourrait-il être un progrès? Le scénario a en effet tout l’air d’une dramatique régression. Mais rendons-nous à l’évidence : le Parti Québécois de 2017 est, à toute fin pratique, risible. Sa manière d’aborder la question nationale est lamentable et d’une tristesse sans fin. Sa façon de supplier QS de converger est répulsive et évoque une prostituée défraîchie qui ferait des manières exagérées pour se trouver un client sous le viaduc de la rue Hochelaga. Idem pour son désir de se montrer plus diversitaire que le Pape en faisant des vidéos en danois et des vidéoclips en bilingue/bilingual.

Mes amis, nous sommes souverainistes. Et ça n’est pas en faisant rire de nous chaque trois jours et en nous efforçant de défendre le ridicule que l’on gagnera les indécis et les jeunes à notre cause, ni qu’on retiendra les sympathisants en notre giron. Il commencerait à être plus que temps de réfléchir à cela avant de sombrer avec le bateau, puisque celui-ci semble bien décidé à ne donner aucun espèce de coup de barre pour se sauver de la déchéance.

163 Partages