enter image description here Le 24 juillet dernier, nous célébrions le cinquantième anniversaire de la venue historique du général Charles de Gaulle au Québec et de sa célèbre allocution sur le balcon de l’hôtel de ville de Montréal – devant un Jean Drapeau horrifié – au cours de laquelle il déclarait, porté par la clameur d’une immense foule, « Vive le Québec libre »!

La puissance politique du général

Une petite note pour débuter : ceux qui ne sont pas familiers avec la visite du général au Québec en 1967 doivent absolument visionner le fascinant documentaire intitulé Le chemin du Roy qui relate l’événement ainsi que se procurer, dès qu’il sortira au Québec, le nouveau livre de Christophe Tardieu La dette de Louis XV (j’en ferai une recension dans les prochains jours en ces pages).

Cette suggestion maintenant faite, remémorons-nous l’aspect qui m’impressionne le plus de cette visite historique.

Le voyage, qui avait été présenté comme une visite officielle de la France au Canada, n’avait absolument pas cette connotation dans l’esprit de Charles de Gaulle. Ce dernier venait visiter le Québec, terre de culture française abandonnée par Louis XV, et non pas le pouvoir anglo-saxon. Pour ne pas être obligé par le protocole diplomatique d’atterrir dans la capitale canadian qu’est Ottawa, de Gaulle aura préféré effectuer une traversée sur le croiseur français Le Colbert, afin de pouvoir toucher terre à Québec et saluer d’abord les Québécois. Imaginez un instant, le chef d’un des plus grands États du monde préfère prendre sept jours pour effectuer une houleuse traversée en Atlantique Nord plutôt que quelques heures en avion, tout cela uniquement pour honorer le peuple québécois.

On se demande quel homme d’État en ferait aujourd’hui autant.

Cette détermination, ce sens politique aigu du général de Gaulle, personne aujourd’hui ne semble en avoir même une once. La peur de se mouiller, l’inquiétude devant les sondages, le désir malsain de susciter sans cesse l’approbation des médias et de ses nombreux clones plutôt que d’assumer clairement ses positions castre la classe politique et les esprits.

On lisait cette semaine dans le Journal de Québec un papier de Jonathan Trudeau qui résumait bien la réaction généralisée qu’auraient aujourd’hui élites libérales progressistes et cette part décervelée de la jeunesse qui n’est pas équipée pour raisonner hors des diktats de l’école endoctrinante contemporaine : « De quoi j’me mêle, mon général? » En effet, par pitié, mon Général, laissez-nous nous dissoudre dans la bouillie anglo-canadienne! Ne vous mêlez pas de cela. Nous avons notre VUS, notre vélo à 6000$ devant notre condo sur Laurier, nous n’avons pas besoin de la lubie politique nuisible des souverainistes chicaniers.

Cette réaction que Trudeau considère comme moderne et raisonnée est en réalité un symptôme de l’affaissement absolu de la conscience politique de toute une frange de la population, des ravages qu’engendre le règne hégémonique du « pouvoir mou » (soft power) et sa parure festiviste et consensuelle dans l’esprit des gens et dans la manière dont les États mènent leurs affaires chez eux et entre eux. C’est aussi le signe que l’économie libérale décide de la manière dont nos gouvernements mènent leurs affaires, et que les désirs populaires ne doivent jamais contrevenir au sens du progrès dicté par le marché (ouverture des frontières, libre-échange). En d’autres termes, les intérêts du marché priment sur ceux des Hommes.

Dans ce monde grège et fade, l’affirmation nationale d’un peuple en vient à être impossible à concevoir, de même que l’émergence d’hommes politiques francs préférant le décisionnisme au bourbier libéral, préférant le peuple au marché, préférant l’exercice viril du pouvoir à la soumission aux spécialistes de la communication.

Le souvenir du général qui en fait à sa tête et qui dit ce qu’il a à dire, qui n’hésite pas à sortir de la niaiserie qu’est le ni-ni sauce Giscard D’Estaing et à donner clairement l’appui de la France à l’émancipation politique du Québec de la fédération canadian fait donc un grand bien. Merci, mon général.

Les politiciens souverainistes d’aujourd’hui, mais surtout ceux de demain, car on se demande vraiment si ceux d’aujourd’hui sont capables de quoi que ce soit d’autre que de perdre, devraient prendre exemple sur Charles de Gaulle et réfléchir sérieusement à ces question cruciales que sont le décisionnisme politique, la place du pouvoir viril et de la franchise lorsqu’ils songent à relancer notre noble et beau mouvement.

Ils devraient aussi songer à tisser avec la France de solides liens politiques et diplomatiques. La France sera un allié clé en cas de retour à l’avant-scène de la lutte pour notre souveraineté nationale. Des appuis politiques et militaires positifs seraient encore plus pratiques qu’une promesse de reconnaissance a posteriori.

Dans tous les cas et plus que jamais, la mollesse et le consensualisme n’ont plus leur place dans le mouvement.