enter image description hereJe n’ai rien, à la base, contre le milliardaire Elon Musk et ses initiatives entrepreneuriales. L’homme a du génie et de l’audace, il faut le reconnaître. Il fait fortune avec la création de PayPal. Puis, ne sachant plus que faire de ses sous et de sa tête pleine de rêves, il fonde la compagnie automobile Tesla pour travailler activement à l’électrification des transports. Il fonde ensuite Space X, compagnie vouée au développement de nouvelles technologies spatiales (fusées réutilisables, transport vers Mars). Son dernier projet : l’hyperboucle.

Musk souhaite révolutionner le transport terrestre. Sa compagnie Hyperloop One a comme objectif de rendre possible le transport supersonique sur terre. Des capsules voyageraient en flottant dans un tube sous vide équipé d’électroaimants. Résultat? 600 kilomètres en 30 minutes sans turbulences et en tout confort. La technologie est réaliste. Un banc d’essai est opérationnel en Californie. Récemment, la compagnie en était à étudier où allaient être construits les premiers trajets commerciaux.

Surprise! La nouvelle est tombée la semaine dernière. Un des premiers trajets projetés : Montréal-Toronto en passant par Ottawa.

Les libéraux techno-progressistes et autres milléniaux exaltés sautaient de joie. Enfin, ils allaient pouvoir rejoindre Toronto en un peu plus de 30 minutes.

Deux autres des neufs trajets projetés établissent le lien entre l’Écosse et l’Angleterre, avec le but avoué de maximiser la porosité des frontières culturelles. L’agenda idéologique de Musk se dévoile donc sans gêne aucune. Sous couvert de grandeur morale, il s’agit de travailler effectivement à l’uniformisation culturelle planétaire et de soumettre à la logique de la libre concurrence les exceptions culturelles dérangeantes, à plus forte raison si ces dernières donnent naissance à ces velléités souverainistes que détestent bras dessus bras dessous le Grand Capital et la gauche sans-frontiériste multiculturelle. Au diable ces nuisances que sont les peuples, surtout s’ils ont le malheur d’avoir un peu conscience d’eux-mêmes.

On me reprochera d’être contre le voyage. Ridicule. Rien ne me plaît davantage que le voyage. Mais qu’est-ce le voyage sans dépaysement? Qu’est-ce que le voyage lorsqu’on va d’un WalMart à l’autre, d’un Toronto à l’autre?

Ce qu’il faut, c’est non pas rapprocher les grands centres cosmopolites entre eux, mais affaiblir considérablement leur domination économique et culturelle sur les régions. Percer impitoyablement l’enflure des égos métropolitains. S’opposer à la colonisation pernicieuse des esprits par l’idéologie libérale-libertaire gallo-ricaine dont les métropoles sont les vecteurs de contagion les plus redoutablement efficaces.

Ce qu’il faut au Québec, bien plus qu’un tube d’assimilation supersonique le reliant au puissant vacuum qu’est le no man’s land (multi)culturel canadien, c’est de créer chez lui, sur son immense territoire, un réseau de transport efficace et adapté qui renforce la solidarité nationale, qui lui permette non pas d’éteindre sa résistance à l’anglomanie galopante mais de devenir plus fort en tant qu’entité nationale à part entière.

Ce projet enivrant de l’hyperboucle a ceci de bon qu’il révèle un fait important : ne comptons pas sur les élites pour aider les peuples à survivre.