enter image description hereIl y a quelques années, je suis allé avec un ami dans la capitale du Dominion avec l’espoir de visiter le Parlement. Arrivés vers 10H00 du matin, ce fut un échec retentissant, toutes les cases horaires pour la visite étaient déjà pleines. Nous promenant devant les édifices, j’ai remarqué que d’innombrables autobus remplis de sikhs arborant turbans, kirpans et épinglettes à l’effigie du Canada arrivaient des quatre points cardinaux. J’avais à l’époque été frappé par cette abondance de sikhs et cet amour qu’ils semblaient unanimement ressentir pour le Dominion.

Cette abondance marquante m’est depuis restée en tête, en latence. Puis j’ai vu apparaître le gouvernement Trudeau. Dix-sept députés dont seize libéraux sont sikhs. Quatre ministres sont sikhs, dont deux enturbannés. Trudeau et Joly se sont même déguisés en sikhs l’automne dernier. Lysiane Gagnon mentionnait même, dans un article du 15 novembre 2015, que « dans toutes les activités du Parti libéral fédéral, il y a toujours eu autant de turban sikhs que de fleurdelisés dans les rassemblements du Parti Québécois ». Plus le temps passe, plus je vois de sikhs enturbannés de couleurs vives et festives se promener dans le McGill ghetto.

Comprenons-nous bien. Je n’ai, par rapport aux sikhs, aucune antipathie particulière. Je suis simplement fasciné par leur présence de plus en plus visible dans l’espace public ainsi que par leur attachement constamment confirmé pour le régime fédéral, pour le libéralisme sauce canadian. Je voyais encore, il y a quelques semaines, débarquer d’une minifourgonnette immatriculée en ontario 7 sikhs en habits traditionnels. Sur leur véhicule, des autocollants de drapeaux du Canada. Sur leurs vêtements, des épinglettes en feuille d’érable.

Si je n’ai aucune antipathie envers les sikhs, le marketing canadian m’exaspère souverainement depuis l’avènement de l’ère Trudeau. Hélas le Canada, on l’aura compris, est maintenant tendance. Radio-Canada, la chaîne des bobos branchés, se gargarise de mentions élogieuses du Canada, de la culture canadienne. La richesse de la mosaïque multiculturelle y est chantée quotidiennement sans aucune retenue. La propagande fédérale y est constante. On y rigole avec complaisance des pauvre hères qu’on associe au conservatisme, au patriotisme, au nationalisme, on met en garde contre les dangers fascistes qui guetteraient notre paisible société.

Au Québec, à Montréal en tout cas, le discours passe comme un couteau chaud dans une livre de beurre. Tolérance, diversité, paix, égalité, larmoiements repentants, acculturation nationale au nom de l’amour des minorités. Tout cela est très in, très en phase avec le festivisme de notre époque. On ne veut plus parler de politique, encore moins en faire, car cela sous-entend une forme de conflit. On préfère disserter sur les bouibouis pakistanais du Plateau Mont-Royal, se pâmer en se demandant quelle société arriérée serait le Québec sans l’apport de l’immigration, cuisiner des fruits de mer en onde en se désolant de l’élection de Trump, des radios de Québec, de l’islamophobie, que dire, du racisme latent des nationalistes québécois et des clivages socio-économiques que vivent les minorités visibles. On mange bio, on vante la supériorité morale du véganisme et on rêve, acculturés et déconnectés de nos racines que nous sommes, d’ésotérisme oriental pour combler notre vide spirituel.

Avouez, chers amis, que le gouvernement libéral fédéral peut difficilement être plus en phase avec les petites modes métropolitaines précédemment énumérées. Les unes encouragent l’autre, et vice versa. Comment le sikhisme s’inscrit-il dans ce cycle politique basé sur les modes bobo?

La réponse? Il s’y inscrit à merveille. Leur accord semble taillé sur mesure.

Peu de minorités ethno-culturelles peuvent représenter une si belle opportunité d’instrumentalisation électorale pour les partis dits progressistes de la scène fédérale. D’abord, le sikh, avec ses signes religieux distinctifs, séduit l’électorat progressiste multiculturel canadien. Le turban, le kirpan sont des passeports extraordinaires, des étendards levés contre les amateurs de laïcité, encore plus contre les détestables catho-laïcs québécois, qui veulent interdire les signe religieux ostentatoires mais pas enlever le crucifix à l’Assemblée Nationale, ni purger les édifices gouvernementaux des signes que Noël est une fête célébrant la naissance du Christ.

Ensuite, le sikh est barbu, a un certain goût pour les affaires et la mode. Cela plaît aux élites métropolitaines. Il pratique une religion orientale dont les préceptes, entre autre, préconisent le végétarisme, la tolérance envers toutes les religions, l’égalité sociale et la paix dans le monde. L’adéquation est idéale. Cela fera fureur dans le McGill ghetto, sur le Plateau, autour de l’université et dans les banlieues torontoises.

C’est un coup de génie pour le NPD d’avoir élu à sa tête un jeune sikh à la moustache spectaculaire et bien cirée. On relatait cette semaine les festivités entourant son élection et la « nouvelle atmosphère » qui règne désormais chez les orangistes. On chante, on danse sur de la musique bollywood en mangeant des samosas, on s’étreint, on rit. Cela change du crispé Tom/Thomas. Cette image de marque, si le NPD sait bien tirer profit du sikhisme de Jagmeet Singh, sera peut-être le plus gros défi qu’aura a rencontrer le jeune et fringant Justin Trudeau.

Jeunesse, nouveauté, attitude décontractée… Tout cela, Trudeau l’a. Mais Trudeau est, hélas, un homme blanc occidental. Jagmeet Singh pousse plus loin les lubies de notre époque. Lui n’est pas blanc et porte le turban. Cela, Justin Trudeau ne pourra qu’en faire une pâle imitation.