enter image description here Ce matin, Le Devoir présentait les résultats d’un nouveau coup de sonde électoral. À un an des élections, tout porte à croire que la tendance observée suite à l’élection de Jean-François Lisée et de son projet « d’ostie de bon gouvernement » et de « souveraineté mais seulement dans un second mandat » à la tête du Parti Québécois se confirme. Le Parti Québécois est désormais, de sondage en sondage, bon troisième dans les intentions de vote, surclassé par la CAQ et le Parti Libéral du Québec. Si ces tendances se maintiennent jusqu’au scrutin de novembre 2018, on peut de plus en plus parler d’une recomposition majeure de la scène politique québécoise.

Les données

Voici les données telles que présentées par Le Devoir selon le 98.5 FM.

La CAQ obtient 34 % de la faveur populaire, contre 29 % pour le Parti libéral (PLQ). Le Parti québécois (PQ) suit, avec 20 pour cent d’appui, et Québec solidaire ferme la marche, à 12 pour cent.

Chez les francophones, la Coalition avenir Québec domine nettement en recueillant 37 % des intentions de vote, contre 24 % pour le PQ, et 21 % pour le PLQ.

La CAQ domine en région, avec 35 % des voix, mais aussi à Québec, avec 46 % d’appui. Il n’y a qu’à Montréal, à 29 %, qu’elle se laisse devancer par le PLQ, à 34 %.

Selon la firme Léger, avec ces résultats, la formation de François Legault peut espérer une majorité à l’Assemblée nationale.

Le sondage Internet a été réalisé entre le 23 et le 25 octobre, auprès de 1008 Québécois. La marge d’erreur est de 3,1 %.

La posture des grands partis

Pour le Parti Libéral du Québec, rien ne va plus. Bien sûr, la chute des intentions de vote pour le parti de Philippe Couillard n’est pas si dramatique au premier regard. Flirtant toujours près du seuil symbolique des 30%, le PLQ a toujours des chances de jouir de sa traditionnelle « prime à l’urne », phénomène selon lequel les électeurs du Parti Libéral sont moins enclins à révéler leurs couleurs aux sondeurs malgré leur appui à ce parti une fois dans l’isoloir.

Toutefois, les chiffres révèlent que l’appui au PLQ de la communauté formant le noyau culturel du Québec, c’est-à-dire des québécois francophones, ne bouge pas d’un iota. Bon an mal an, 1 francophone sur 5 appuie les libéraux provinciaux. C’est donc dans une autre catégorie démographique que les appuis au PLQ bougent à la baisse. Voilà une nouveauté non-négligable pour le parti libéral de Philippe Couillard sur laquelle on devra éventuellement se pencher.

Simultanément, l’arrivée de la Coalition Avenir Québec à la tête des intentions de vote est un événement marquant de la politique partisane québécoise. Si la CAQ réussit ce que l’ADQ de Dumont avait échoué à réaliser en 2007, c’est-à-dire à transformer en votes l’appui exprimé dans les sondages, pour la première fois depuis 40 ans, l’alternative à l’éternel PLQ fédéraliste ne sera plus un PQ indépendantiste, mais une CAQ nationaliste qui ne remet aucunement en question le régime politique canadien.

Ce glissement serait fort de conséquences, intrigant, passionnant tout autant que désespérant. Il faudra bien sûr voir s’il s’agit d’une bulle ou d’une tendance lourde, mais le remplacement du Parti Québécois comme alternative au libéraux, dans un contexte où le parti souverainiste se révèle complètement incapable de se sortir de l’impasse électorale sans y perdre son identité partisane (basée sur son projet de sécession du Canada et de fondation d’un État-nation québécois), semble difficilement évitable.

Pour le Parti Québécois, l’effondrement se confirme. En troisième place, loin derrière la seconde place occupée par un PLQ dont la clientèle électorale est plus portée à transférer vers la CAQ que vers le PQ, on commence à pouvoir dire que la « saison des idées » amorcée dans les années 2000 n’a pas porté fruit. La stratégie nationaliste identitaire était pertinente, voire gagnante et nécessaire, mais ne pouvait pas tenir sans s’appuyer sur un renouveau complet de la stratégie d’accession à l’indépendance basée sur la rupture et la préparation d’une souveraineté effective. Cela signifie, en clair, de cesser de penser rêveusement à un hypothétique échéancier référendaire et à une question qui plairait à Ottawa et plutôt d’agir : formation d’un ministère de l’intérieur, investissement et élargissement du mandat de la Sûreté du Québec, création de services secrets, renforcement de notre présence diplomatique, établissement et préparation discrète, voire secrète d’une force militaire québécoise suffisante afin de créer un rapport de force assez grand pour que notre souveraineté soit respectée dans le calme par le Canada une fois celle-ci déclarée.

L’avenir de la question nationale

Avec la CAQ comme principale rivale du PLQ, la remise en question du régime politique actuel tombe, du moins officiellement, dans l’oubli. La position constitutionnelle de la CAQ est claire. Il s’agit de renouer avec un nationalisme vidé de toute velléité sécessionniste, vidé de toute réflexion sur la notion d’État-nation, de souveraineté nationale. De retourner à un nationalisme émasculé de son principal levier de négociation pour que le fédéral accède à ses demandes : la possibilité de son départ de la fédération.

L’avenir serait-il plus radieux avec le Parti Québécois de Jean-François Lisée? Difficile à dire, et c’est bien là le problème. Le PQ ne convainc plus personne de sa vigueur politique depuis maintenant plusieurs années. S’il s’est tourné vers la question de l’identité nationale depuis la Charte en 2012, il n’a cessé, depuis, de sembler avoir honte de lui-même et de son propre projet de pérennisation de la nation québécoise. Pire encore, il abandonne progressivement la question de l’indépendance aux excités de Québec Solidaire, la laissant à une gauche inclusive postmoderne récoltant 12% des intentions de vote et n’espérant l’élection que de quelques députés (3 ou 4) dans les quartiers branchés de Montréal en 2018. Le PQ est sans aucun doute capable de gouverner la province avec brio et d’une manière plus propre que le PLQ. Mais du Parti Québécois, les Québécois s’attendent à beaucoup plus. Ils s’attendent, au-delà de tout, à aller vers le pays. Trop de déceptions depuis 2003 rendent difficile la renaissance de l’espoir.

Pour la question nationale, c’est donc l’effondrement. Le peuple québécois semble donner raison à la loi formulée par le bon vieux Maurice Duverger selon laquelle notre système électoral favorise naturellement le bipartisme. Les Québécois francophones, impuissants politiquement depuis plus de 10 ans, se rangent désormais derrière la CAQ et délaissent lentement un PQ affadi qui a été incapable de lutter contre la gauche solidaire et contre le nationalisme décomplexé de la CAQ pour reprendre sa place et espérer donner à la communauté-noyau du Québec la puissance politique qui lui revient.

Les 4 québécois francophones sur 5 n’appuyant pas le PLQ se retrouvent donc privés du pouvoir politique depuis plusieurs législatures. S’ils renouent avec ce dernier grâce à la CAQ en 2018, je vois mal de quelle manière le Parti Québécois pourrais renverser la tendance par la suite. Je vois encore plus mal comment l’apparition d’un nouveau parti politique axé autour de la question nationale pourrait susciter autre chose que de l’exaspération chez la plupart des électeurs. Considérant la tendance lourde selon laquelle, dans l’histoire politique du Québec, les recompositions de la scène partisane ont lieu environ tous les 40 ans suivant quelques années de fragmentation, nous entrerons vraisemblablement en 2018, si tout se maintient, dans une période de latence de la question nationale.

Cela m’inquiète au plus haut point. La fatigue culturelle du Québec aura-t-elle raison de lui et consacrera-t-elle sa dilution dans l’indifférenciation canadian? Peut-on vivre une seconde survivance? Rien n’est moins sûr. Il faudra impérativement, indépendantistes, penser à une stratégie pour éviter que cette latence quant à la question nationale s’installe, car la CAQ, telle qu’elle est actuellement, n’inspire rien qui vaille pour notre survie. En effet, ne nous leurrons pas. La Coalition Avenir Québec, si elle s’est appropriée la question identitaire et une approche plus populiste, n’en défend pas moins un libéralisme qui soumet le politique à l’économique et qui considère que libérer le peuple, c’est avant tout alléger son fardeau fiscal. Cela est non seulement réducteur, mais incompatible avec ce dont le Québec a urgemment besoin aujourd’hui, c’est-à-dire la reconquête intégrale de son pouvoir politique et la protection de sa mystique nationale.