Tous droits réservés, Mirror.uk Les vagues sont comme d’immenses murs d’un bleu-gris sombre qui se dressent devant le navire. À la barre, un capitaine. De peur d’empirer la posture de son cargo, il a éteint ses moteurs et concentre toutes ses énergies à survivre dans la tourmente. Pas de port à l’horizon, pas d’éclaircie en vue. Certains membres de l’équipage se sont emparés d’une des embarcations de secours pour quitter. Ils n’y croient plus, et pensent que le ciel bleu, pour toujours, sera ailleurs. Ceux qui restent endurent la houle, entendent la taule se faire fouetter par les paquets de mer. Pauvres eux! Leur bâtiment est comme un bouchon de liège qui se laisse aller au gré des vagues. S’ils savaient que le seul espoir, pour eux, était de repartir les moteurs et de mettre le cap vers le soleil…

Remettre les moteurs semble bien difficile pour la mouture actuelle du Parti Québécois qui se comporte littéralement comme un navire qui se laisser dériver dans la tempête, balloté par une houle peu favorable. Un capitaine devrait pourtant savoir que l’usage des moteurs, dans une tempête, peut être salvateur pour se sortir du pétrin, pour s’orienter et fendre la houle au lieu de la subir.

Trêve d’allégorie marine, le marin Leroux en a assez. Assez de la démission sans cesse répétée des élites souverainistes. Assez, aussi, des pressés qui rêvent de revivre sans cesse les échecs passés. La solution à l’endormissement généralisé du Québec par rapport à la question de son destin national est complexe, certes, mais il convient surtout de comprendre qu’elle ne se situe ni dans la survivance passive, ni dans la précipitation vers une reprise des stratégies vieilles de 20 ans.

Les rêves tristes

Au lieu de penser à cela, de croire en un quelconque avenir, tout, dans les rêves péquistes actuels, sent la « mort dans la dignité » et les soins de fin de vie. À quoi rêve-t-on? Au retour de PKP et de Jean-Martin Aussant. Incroyable!

N’a-t-on rien compris? S’imagine-t-on que de maximiser les résultats électoraux du PQ au scrutin de l’automne qui vient en ramenant des têtes d’affiche passées constituerait une victoire pour la cause indépendantiste?

Pas qu’Aussant ou que PKP soient intrinsèquement des nuisances, loin s’en faut. Cependant, deux choses doivent être dites à leur sujet. La première : leur prestige politique a fortement été entamé par leurs démissions respectives. La seconde : leur retour dans un PQ qui n’est aucunement rénové et qui ferait tout comme avant, ou pire qu’avant (voir la stratégie de Lisée quant à la souveraineté), n’aurait probablement qu’un faible impact sur l’électorat sympathique au projet indépendantiste. Pourraient-ils être encore utiles? Fort probablement, mais pas dans n’importe quel contexte.

Les rêves du PQ de ne pas trop s’effondrer en 2018 en rappelant ses « anciennes blondes » à bord est franchement triste à voir et donne envie de pleurer plutôt que de se redresser afin de conquérir notre souveraineté. Car c’est bien de conquête que l’on parle…

Pendant ce temps…

Pendant ce temps, les « ouverts sur le monde » continuent de rire des indépendantistes qui osent encore parler de leur rêve. Les Solidaires, Nadeau-Dubois en tête, font de la « politique autrement » en frappant sur le Parti Québécois et en ridiculisant sa déroute – c’est électoralement payant. La gauche multiculturelle glousse en accusant les « nationalistes identitaires » de vivre dans le passé. Ils n’ont pas compris que l’État-nation est l’interface par excellence pour que les peuples accèdent au reste du monde en tant qu’eux-mêmes et non en tant que purée culturelle informe et mondialisée.

Pendant ce temps, Céline Hequet, hystérique, bannit le terme « identité » de son vocabulaire, Martin Forgues fait la chasse aux fascistes et Xavier Camus tremble de peur devant le groupuscule Atalante qui « intimide » les bons progressistes et qui reprennent – surprise! – les tactiques dont l’extrême-gauche fait régulièrement usage dans une indifférence à peu près généralisée. Deux poids, deux mesures, M. Camus? Évidemment, puisque M. Camus a de son côté la vertu intrinsèque au progressisme.

Le combat national se dilue donc dans un vaudeville absolument navrant. Si les médias font leurs choux gras avec ce spectacle embarrassant, une grande partie du reste de la nation québécoise, sentant qu’il n’a plus aucune prise sur son histoire, s’endort d’un sommeil profond.

Certains croient que l’avenir radieux consiste à tuer le Parti Québécois. Mais ce geste en soi n’a aucune valeur. Saborder un navire parce qu’il ne va nulle part n’a aucun sens et correspond à se priver d’un moyen précieux pour prendre la mer et atteindre sa destination. C’est l’équipage qui doit être, avant tout, renouvelé. Il n’est pas exclu que la raclée le 1er octobre prochain fasse se vider le bateau des naufrageurs qui y restent.. Cela ne servira à rien toutefois si les quelques éléments prometteurs qui y sont baissent les bras (Bérubé, Traversy et cie.) et si la prochaine cohorte à monter à bord agit de manière désordonnée et tire dans tous les sens.

Vite. Il faut des directives, il faut de la cohésion, de l’esprit de corps.