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Chroniques

Indépendantisme et antiracisme

Tous droits réservés, Le Devoir Se demander si l’indépendantisme est compatible avec l’antiracisme, c’est admettre qu’il y a une possibilité qu’il ne le soit pas. Pire encore. Comme pour toutes les doctrines « anti », celui qui n’y adhère pas est automatiquement considéré comme sympathisant du terme rattaché au préfixe « anti » en question. Ne pas être antifasciste, pour un antifasciste, c’est être allié objectif du fascisme. De même, ne pas être antiraciste, pour un antiraciste, c’est être allié objectif du racisme. Ces deux problèmes n’ont pourtant pas fait sourciller le moins du monde le Mouvement des étudiants souverainistes de l’UdM (MÉSUM) lorsqu’ils ont décidé d’inviter… roulement de tambour… tenez-vous bien… Gabriel Nadeau-Dubois pour analyser la question.

Québec Solidaire peuvent être fiers de leur coup. Que les associations souverainistes et péquistes de l’UdM l’invitent lui, GND, pour parler sans aucun contradicteur de souveraineté et d’antiracisme relève en effet de la victoire morale. Un coup de publicité gratuit pour QS, qui a eu le champ libre pour pousser son programme, gracieuseté des péquistes, devant une foule estudiantine bien perméable. Il faut le faire, non?

Un compte-rendu assez exhaustif (mais comprenant quelques erreurs syntaxiques et orthographiques) de l’événement est disponible sur le site Avant-Première Mtl.

Ce compte-rendu nous permet de dresser quelques constats sur la vision qu’entretiennent Québec Solidaire et Gabriel Nadeau-Dubois, en plus de prendre la mesure du degré de déréliction d’une certaine forme de péquisme en 2018.

Le nationalisme identitaire est un racisme

Tout au long de sa conférence telle que relatée par Baba-Idriss Fofana, GND tient des propos qui suggèrent allègrement, mais toujours de manière implicite, que le souverainisme conservateur, identitaire est amalgamable au racisme, car il serait, à son avis, incompatible avec l’antiracisme.

C’est sur ce genre de raisonnement en noir et blanc que s’appuie la doctrine souverainiste solidaire. Éloquent de simplisme…

Rappelons pourtant ici quelques faits.

Si l’on considère que les peuples existent et qu’il est important de reconnaître les communautés culturelles dans leur diversité, comme le croient, je le pense, Nadeau-Dubois et ses coreligionnaires QSistes, c’est donc que l’appartenance à un peuple n’est pas seulement affaire de droits et de règles civiques, mais affaire profondément théologico-culturelle.

Pourquoi alors tant de résistance à admettre que le noyau de la nation québécoise est, en effet, blanche, francophone, de tradition catholique? De là, comment est-il possible de ne pas comprendre que le projet de fonder un État souverain pour le Québec est, au premier regard, une affaire de Québécois, qui concerne en tout premier lieu le noyau culturel de l’entité politique qu’on appelle actuellement le Québec?

Bien sûr, me rétorquera-t-on, mais les musulmans, les noirs, les asiatiques sont aussi Québécois. Civiquement, oui. Mais culturellement, le sont-ils? Certainement pas tous.

Lorsque l’on refuse de s’assimiler à la nation dans laquelle on vit, qu’on bloque tout net face au désir historiquement majoritaire du noyau culturel blanc-francophone-catholique du Québec de devenir indépendant, qu’on préfère dans beaucoup de cas apprendre l’anglais, bouder le français et même menacer de partir pour Toronto à la première occasion lorsque l’on aura fini de s’éduquer gratuitement au Québec, on ne l’est pas. Point à la ligne.

On peut voter, mais on devient une minorité de blocage. On bloque l’accession aux rêves les plus profonds de notre société d’accueil, on s’allie avec son colonisateur, on la plonge dans une repentance sans fin d’exister, et on souhaite sa mort dans la dignité.

Ah oui. Et on fait des conférences lui expliquant que si son projet de pays échoue, c’est parce qu’elle est trop fermée sur elle-même, et que cette fermeture n’est pas antiraciste (elle est donc raciste).

L’insoutenable paradoxe des antiracistes

On arrive ici à mettre en lumière l’incroyable et insoutenable paradoxe qui afflige l’idéologie antiraciste militante. On se pâme sur toutes les micro-ethnies, on célèbre leurs traditions religieuses, culturelles, les sonorités de leurs dialectes, on se déguise avec leurs costumes pour leur rendre hommage, hypocritement ou non. On souhaite leur libération nationale au Kurdistan, au Tibet et tutti quanti.

Mais nous-mêmes, Québécois de souche, blancs-francos-cathos? Dire notre existence, admettre notre prépondérance culturelle entre nos propres frontières dangereusement perméables à l’uniformisation mondialiste, oser affirmer qu’être Québécois, ça n’est pas qu’un droit civique bureaucratiquement distribué, mais c’est aussi l’adhésion à un certain noyau culturel, d’accepter de partager avec lui ses rêves et ses préoccupations relève, pour les antiracistes sauce GNDQS, du racisme.

Il s’agit pour eux d’une mentalité toxique.

Ils sont les champions du « deux poids deux mesures ». L’identitaire pour tous, sauf pour nous, car il s’agit alors de racisme et de xénophobie. Célébrer l’autre, pour eux, passe par la repentance d’exister soi-même. Encore et toujours, ils ne comprennent pas que l’Autre que Soi nécessite un Soi qui non seulement existe, mais ne soit pas menacé de dissolution dans les limbes de l’indistinction.

Pour cela, il faut que le Québec se dote d’un État, qui sera par nature un État-nation (le seul d’Amérique du Nord). Si les anglo-québécois et les néo-québécois s’obstinent à rester entre eux, votent de manière presque stalinienne contre les intérêts du groupe qui constitue le noyau majoritaire de l’entité politique où ils habitent et opposent depuis plus de 40 ans une fin de non-recevoir à tout désir de rapprochement politique, c’est peut-être, justement, que le Québec n’a pas les moyens nécessaire pour les intégrer correctement. Ça n’est pas du racisme de le penser, c’est du réalisme politique.

La solution? Un État plus fort, mais surtout un État souverain, et non sous tutelle fédérale, qui permettra aux Québécois de se gouverner.

Cela, seuls les vilains blancs-francos-cathos peuvent le faire. C’est naturel. Personne n’en mourra, aucun génocide n’aura lieu. Mieux encore : cela finira par apaiser les tensions.

Encore faudra-t-il arrêter d’accepter, honteux, de nous faire montrer comme racistes en puissance pour y arriver. Car la souveraineté, ça se conquiert. Et la conquête, ça se fait la tête haute, et non la queue entre les jambes.

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1 Comment

  1. Après la lecture de ce passage dans votre texte, « Pourquoi alors tant de résistance à admettre que le noyau de la nation québécoise est, en effet, blanche, francophone, de tradition catholique? », j’ai été profondément émue car vous touchez ici au cœur de la réalité québécoise.

    Jean-Martin Aussant l’a très bien exprimé à TLMEP ce 24 février 2018 par son invitation à tous les indépendantistes de rentrer de leur exil afin d’enclencher le processus vers la fondation de notre seul pays, le Québec.

    D’ailleurs, après l’incroyable refus d’entente avec le PQ, QS mérite de recueillir le moins de votes possible puisque 87% de leurs membres ou sympathisants ont été indignés de leur position idéologique, illogique et indéfendable. Un autre motif de ne pas voter QS (1 vote = $$$), c’est de ne pas dilapider nos impôts en finançant ce parti hostile à la majorité ‘blanche, francophone et de tradition catholique’.

    Pour paraphraser Jean-François Lisée lors de son entretien avec Martineau aux Francs Tireurs, les gens pour qui la laïcité ou l’égalité hommes-femmes n’est pas une priorité, devraient choisir une autre destination que le Québec. Et comme bien d’autres pays, les nouveaux arrivants devraient être tenus de maîtriser notre langue française à un niveau intermédiaire avant d’être acceptés chez nous.

    En 2018, tous les Québécois et toutes les Québécoises qui veulent réparer les dégâts libéraux depuis 15 ans seraient bien mal servis par le CAQ, un changement pour le pire, vers la privation des services publics par le retrait de l’État. Le seul choix réaliste en 2018, c’est le Parti Québécois!

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