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Je l’avoue, j’ai été surpris. Je ne suis pas un fan de Xavier Dolan. J’ai vu la plupart de ses films. Je reconnais le talent du cinéaste, mais j’ai toujours posé un jugement sévère sur lui. Son égo surdimensionné diminue, à mes yeux, ses oeuvres. Il représente une jeunesse émotivement égarée, incapable d’accéder à l’âge adulte, comme coincée dans l’adolescence, en détresse et fière de l’être. Les idéologies qu’il véhicule en général me sont très éloignées. Cela ne m’empêche pas d’aller au-delà de notre éloignement et d’être fier, en tant que Québécois, de le voir à Cannes et d’espérer de tout coeur qu’il fasse rayonner le Québec dans le monde. Toutefois, cette semaine, j’ai envie de le porter aux nues, même si cela semble étrange pour le supposé réac que je suis.

C’est que Dolan s’est fait apostropher sur Facebook par l’humoriste Michel Mpambara. Voici ce que Mpambara publiait après leur échange.

On a questionné le réalisateur/producteur Xavier Dolan pour quelle raison dans aucun de ses films pourtant si colorés, on n’y voit aucune personne de couleur (mutiples sic)? Il a rétorqué qu’il n’est tellement pas raciste qu’il ne voit pas de couleur. Dixit « je choisis mes acteurs en fonction de leur talent. » Par conséquent, pour X. Dolan, non seulement les autres couleurs n’existent pas puisqu’il ne voit que les Blancs; de plus, il insinue que les gens de couleur n’ont pas assez de talents pour faire partie de ses oeuvres. #racismesystémique

Insulte à l’intelligence

La réponse de Mpambara est une insulte à l’intelligence et démontre à quel point l’antiracisme militant a complètement perdu la tête. Remarquons une première chose. Essentiellement, cet échange est une transposition exacte dans le contexte de l’antiracisme de la situation qu’a vécue Louis-Jean Cormier la semaine dernière lorsqu’il répondait par la négative au journal La Presse qui lui demandait s’il était pour ou contre les quotas de 50% de femmes dans les festivals de musique.

Dans le cas de Cormier, comme dans le cas de Dolan, les remontrances et les réactions sont arrivées à la vitesse de l’éclair. Les Soeurs Boulay, Laurence Nerbonne pour ne nommer qu’elles l’accusent de sexisme. Faisant ni une ni deux, s’écrasant devant les aboiements progressistes comme un plant de tomates qui manque d’eau, Cormier a fait son mea culpa dans une pénible et pathétique séance d’autoflagellation sur Facebook.

Dolan dit essentiellement la même chose que Cormier en ce qui a trait à l’imposition de quotas de personnes « racisées » (pour employer le jargon à la mode) dans ses films. Peu me chaut la couleur de la peau. Je prends les acteurs qui conviennent aux rôles que j’écris, point barre.

Ce faisant, Dolan prend la posture que devrait adopter tout artiste qui se respecte, celui d’une totale indépendance face aux diktats des idéologues progressistes.

Mpambara, lui, ne montre qu’une chose, ou en fait deux : son incapacité à réfléchir et sa totale soumission intellectuelle. Sous couvert d’une révolte bon chic bon genre au goût du jour, il déballe une série d’arguments fallacieux, de raccourcis sans aucune valeur rationnelle.

Ne t’excuse pas, Xavier!

Le propos de Dolan fait appel au sens commun. L’antiracisme, c’est arrêter de considérer les gens selon la couleur de leur peau, arrêter de réintroduire le racialisme dans le monde, arrêter d’analyser toute chose selon une grille ethnique. C’est arrêter de transformer toutes les « minorités » en victimes ayant besoin de l’équivalent d’un handicap au golf pour être compétitives.

Maintenant, j’implore Xavier Dolan de ne pas s’excuser. De ne pas faire un Louis-Jean Cormier de lui-même. De se servir de son égo non pas pour chercher l’approbation du troupeau grandissant des rien-pensants, mais pour résister à la normalisation de la pensée que notre drôle d’époque nous donne à voir.

Il est impératif de redonner à l’art un peu de son sens et de son indépendance face aux délires hypermodernes. Pour cela, il faut des artisans avec une colonne vertébrale et une tête sur les épaules. Pourvu que Dolan ne déçoive pas.