Copyright Journal Métro Dans ma revue de presse de ce matin, je suis tombé sur cet article de La Presse qui résumait grossièrement la position des différents partis politiques québécois sur la manière appropriée pour réguler l’immigration. La CAQ a en effet lancé le bal cette semaine avec sa proposition : un test de « valeurs québécoises » et de français qui, si échoués, permettrait à l’État québécois de rejeter certaines candidatures. Sans surprise, des tonnerres de dénonciation se sont abattus sur le chef de la CAQ…

Tous contre un!

Selon David Heurtel, le test proposé par la CAQ constitue un « test d’expulsion ». Il s’agirait, selon lui et le Parti libéral, d’une politique de division néfaste, parce qu’elle priverait le Québec d’une main d’oeuvre dont nous aurions un urgent besoin. Carlos Leitao est allé plus loin encore en affirmant à The Gazette que Legault prônait un « nationalisme ethnique ». Rien de moins. À en croire ces gens, la possibilité de refuser un nouvel-arrivant sur la base de tests est donc un outrage impardonnable nous permettant les pires soupçons quant à Legault.

Le Parti Québécois, se rangeant aux côtés du PLQ, s’est contenté d’une dénonciation du désir de « déporter » ceux qui échoueraient le test de français après quelques années de cours. Il a, heureusement, modéré les propos de son allié libéral en spécifiant qu’il s’agissait d’une mesure idiote, mais non pas ethnique. Eh bien… Fort heureusement, le Parti Québécois propose quand même de modifier les règles du jeu eu matière d’immigration en haussant à 100% le ratio de nouveaux-arrivants francophones par rapport au 85% en vigueur aujourd’hui.

Québec Solidaire quant à lui, bien entendu, a envoyé l’éloquent Gabriel Nadeau-Dubois au front déclarer que les positions de la CAQ font preuve d’un « nationalisme passéiste, frileux et du passé ». Profond.

En tant que souverainiste nationaliste, j’ai envie d’être d’accord avec la proposition de la Coalition Avenir Québec. Une chose importante toutefois me garde de l’être…

La citoyenneté : une affaire de tripes

Dans nos sociétés modernes, la citoyenneté est considérée de manière très froide et détachée. Être citoyen d’un pays ou, dans ce cas-ci, d’une province, consiste essentiellement à se voir accorder le droit de vote sur ce territoire, le devoir de payer les taxes et les impôts prélevés par les institutions publiques ayant autorité sur ce dernier et le privilège de profiter des services publics qu’il offre à l’égal d’une personne étant née sur ledit territoire.

Pire encore : dans les universités aujourd’hui, on entend allègrement que « est Québécois qui veut ». Toute tentative de tempérer cette grandiloquente affirmation est pointée comme une forme d’exclusion inacceptable aux yeux de cet ordre diversitaire/pacifiste libéral-libertaire à la mode devant nous ramener en plein jardin d’Éden.

Le fait d’être citoyen, d’appartenir à une communauté politique, est donc essentiellement aujourd’hui, même si cela est de plus en plus vu comme immoral parce que prônant l’exclusion, une une affaire de statut civil, de droits et devoirs. Des chartes peuvent suggérer, bien sûr, qu’il faut aussi accepter les valeurs de la société d’accueil, participer à cette dernière. Cela toutefois, comment le vérifier?

La chose semble trop arbitraire, et Dieu sait que notre époque a horreur de l’arbitraire.

On passe toutefois à côté de quelque chose d’absolument essentiel en ne considérant la citoyenneté que comme quelque chose de purement civil. On passe à côté du fait qu’être citoyen au sein d’une communauté politique, ça consiste à faire minimalement corps avec elle.

S’opposer en bloc monolithique à ses aspirations politiques, rechigner à l’idée de parler sa langue, n’habiter que sa métropole en se constituant en quartiers relativement ethniquement homogènes, c’est l’équivalent de faire un pied de nez perpétuel à sa société d’accueil. C’est l’équivalent de brandir sa citoyenneté civile officiellement acquise au nez de sa société d’accueil en disant « maintenant que j’ai mes papiers, je me fiche bien de vous ». Ça vous dit quelque chose, ce genre d’attitude?

C’est aussi, pour ladite société d’accueil, l’obligation de poser un constat douloureux : reconnaître son échec à intégrer l’Autre au Nous lorsqu’il s’installe.

Une part de la responsabilité revient à l’Autre, qui ne souhaite simplement pas s’intégrer pour des raisons diverses : incompatibilité culturelle, religieuse, incompréhension de la société d’accueil.

Une autre part de cette responsabilité revient au Nous, dans ce cas-ci à la société québécoise. Refus d’assumer son identité de manière décomplexée, complexe d’infériorité face au régime canadien, acceptation des valeurs libérales anglo-protestantes comme standard moral supérieur, incapacité à mener jusqu’au bout le combat devant mener à la conquête de sa souveraineté nationale. Qui, en effet, a envie de se joindre à un peuple de survivants épuisés et à l’agonie?

À ce titre, la proposition de Legault semble bien légère et insuffisante, à plus forte raison qu’elle vient d’un parti politique pour qui la souveraineté est « une vieille affaire ».

S’assumer

Aucune intégration de l’Autre ne se fera sainement et au goût des gens d’ici, c’est-à-dire du Québec francophone de tradition catholique, sans que ce « Nous » que je viens de nommer précisément soit complètement assumé comme le noyau culturel essentiel du Québec. On ne peut pas forcer les gens à devenir ce qu’ils ne sont pas, mais on peut agir en peuple adulte et non en peuple sous tutelle pour rendre plus attrayante l’idée d’entrer dans la danse d’ici, en faisant les pas d’ici, en parlant la langue d’ici et en adhérant aux projets et aux aspiration des gens d’ici.

Cette affirmation du Nous passe nécessairement par cette naissance politique qui n’a toujours pas eu lieu, malgré que le noyau culturel primordial du Québec la souhaitait très majoritairement en 1995. Le projet a foiré, on s’en souviendra, en grande partie à cause de minorités de bloquage, dont l’existence même est le symptôme principal de notre difficulté à dire, chez nous, « voici ce que nous voulons, et nous l’aurons ».

C’est la citoyenneté civile, élevée comme ultime conception de ce qu’est l’appartenance nationale, qui nous a empêché de considérer que notre désir de souveraineté était légitime. Il faut briser cette conception réductrice de ce qu’est l’appartenance à un peuple si l’on veut être capables de s’assumer totalement pour ce que nous sommes, Québécois, et si l’on veut finalement naître au lieu d’agoniser.

Lorsque cela sera fait, et seulement à ce moment-là, la question des tests de sélection des nouveaux arrivants sera pertinente. D’ici là, on ne fera que ramer dans le vide, n’en déplaise aux principaux intéressés.